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Atlantide

- Publication du 24/06/2024 -

L’Atlantide (du grec ancien Ἀτλαντίς / Atlantís) est une île mythique évoquée par Platon dans deux de ses Dialogues, Timée puis Critias. Cette île, après avoir connu un âge d'or pacifique, évolue progressivement vers une thalassocratie conquérante dont l'expansion est arrêtée par Athènes, avant que l'île ne soit engloutie par les flots dans un cataclysme provoqué à l'instigation de Zeus. Si le mythe a été peu commenté et a eu peu d'influence durant l'Antiquité, il a suscité un intérêt croissant à partir de la Renaissance. Au-delà de sa portée philosophique et politique, il a depuis donné naissance à de nombreuses hypothèses. Au début du 21ᵉ siècle, les chercheurs restent partagés, entre les partisans d'une Atlantide de pure fiction (majoritaires dans la recherche scientifique) et ceux d'une lecture du récit de Platon basée sur des événements réels.

Platon

Commençons par le commencement. L'histoire de l'Atlantide puise son origine dans deux des Dialogues du philosophe athénien Platon, né en 428 / 427 av. J.-C. et mort en 348 / 347 av. J.-C. à Athènes, contemporain de la démocratie athénienne et des sophistes qu'il critiqua vigoureusement. Il reprit le travail philosophique de certains de ses prédécesseurs, notamment Socrate dont il fut l'élève, ainsi que Parménide, Héraclite et Pythagore, afin d'élaborer sa propre pensée. Celle-ci explore la plupart des champs importants, c'est-à-dire la métaphysique, l'éthique, l'esthétique et la politique. Il eut notamment comme élève Aristote à l'Académie qu'il a lui-même fondée à Athènes.

Son œuvre, composée presque exclusivement de dialogues, produit les premières formulations classiques des problèmes majeurs de l'histoire de la philosophie occidentale. Notons donc que le fait que l’Atlantide soit abordée dans un Dialogue est une chose normale chez Platon.

Platon n’est pas connu comme étant un écrivain de science-fiction qui chercherait à créer une œuvre totalement fictive ! Bien sur les Dieux interviennent régulièrement dans ses écrits, mais on doit se rappeler que la réalité des Dieux en Grèce Antique est aussi évidente que l’existence des microbes l’est pour nous aujourd’hui. Pour le reste, il peut bien entendu arranger l’histoire pour qu’elle illustre au mieux le point qu’il souhaite mettre en avant, mais il le répète constamment, il n'a rien inventé et ne fait que suivre une tradition. Dans ses textes, il s'inspire tantôt de philosophes antérieurs dont nous possédons des fragments et dont il a assimilé les systèmes dans une synthèse supérieure, tantôt de son maître Socrate, tantôt de traditions grecques secrètes dont nous ne savons presque rien sinon par lui, comme la tradition orphique, la tradition des mystères d'Eleusis, la tradition pythagoricienne qui est la mère de la civilisation grecque, et très probablement des traditions d'Égypte et d'autres pays d'Orient.

Timée

Dans Timée, Platon raconte le Mythe de l’Atlantide puis l'origine de l'Univers et l'origine de l'Homme. L’Atlantide est présentée via un récit fait par Critias, riche Athénien disciple de Socrate et parent de Platon. Selon Critias, son arrière-grand-père Dropidès s'est vu confier par le législateur Solon (vie siècle av. J.-C.) une confidence que lui-même tenait d'un prêtre égyptien du temple de Saïs au cours d'un voyage d'études qu'il entreprit en Égypte en 570 av. J.-C. (L’Égypte était sous domination perse à cette époque). Je vais ici donner les passages qui me paraissent intéressants dans l'ordre où ils apparaissent dans le texte.

" ...ce qu’on raconte aussi chez vous de Phaéton, fils du Soleil, qui, ayant un jour attelé le char de son père et ne pouvant le maintenir dans la voie paternelle, embrasa tout ce qui était sur la terre et périt lui-même frappé de la foudre, a, il est vrai, l’apparence d’une fable ; mais la vérité qui s’y recèle, c’est que les corps qui circulent dans le ciel autour de la terre dévient de leur course et qu’une grande conflagration qui se produit à de grands intervalles détruit ce qui est sur la surface de la terre. "

Il me semble bien qu’il y a ici la description assez claire d’une chute d’astéroïde de grande taille ou d’une collision avec une comète... Ces évènements, fort heureusement rarissimes peuvent provoquer des bouleversements effroyables. La communauté scientifique valide majoritairement, par exemple, que c'est un astéroïde de forte taille qui aurait causé l'extinction des dinosaures.

" Tout d’abord vous ne vous souvenez que d’un seul déluge terrestre, alors qu’il y en a eu beaucoup auparavant ; ensuite vous ignorez que la plus belle et la meilleure race qu’on ait vue parmi les hommes a pris naissance dans votre pays, et que vous en descendez, toi et toute votre cité actuelle, grâce à un petit germe échappé au désastre. Vous l’ignorez, parce que les survivants, pendant beaucoup de générations, sont morts sans rien laisser par écrit. Oui, Solon, il fut un temps où, avant la plus grande des destructions opérées par les eaux, la cité qui est aujourd’hui Athènes fut la plus vaillante à la guerre et sans comparaison la mieux policée à tous égards : c’est elle qui, dit-on, accomplit les plus belles choses et inventa les plus belles institutions politiques dont nous ayons entendu parler sous le ciel. [...] C’est donc de tes concitoyens d’il y a neuf mille ans que je vais t’exposer brièvement les institutions et le plus glorieux de leurs exploits. "

Cette introduction prépare le lecteur à la suite, à savoir qu’il va être question d’une époque oubliée des Grecs, car le souvenir de leurs actions a péri à la suite de déluges qui n’ont laissé subsister chaque fois que des montagnards illettrés mais dont les Égyptiens gardent trace dans leurs écrits (La destruction de la Grande Bibliothèque d’Alexandrie mettra fin à ceci). Les Grecs de l'époque n’ont pas de connaissances archéologiques et historiques remontant à des milliers d’années(Hérodote, mort vers 425 av. J.-C, est généralement considéré comme étant le tout premier historien), mais ils savent certainement, surtout quelqu’un comme Platon, que 9 000 ans est un gouffre temporel énorme et surtout que la ville d’Athènes ne peut pas avoir cet âge !

Certains font de cette anomalie temporelle la preuve que tout le récit est pur affabulation. D’autres ont tenté de « corriger le tir » en invoquant un problème de traduction à l’origine des mesures temporelles égyptiennes liées à des lunaisons et pas au cycle annuel du soleil comme en Grèce. Je n’accorde pas un grand crédit à cette idée car un simple calcul nous indique que 9000*28 jours donnent 252000 jours qui une fois divisés par 365 nous donne 690 ans, un temps bien trop court pour qu’un tel évènement ait disparu des mémoires. Mais les choses sont rarement aussi binaires.

Dans un premier temps, on doit tenir compte de la recherche d’antériorité sur les Égyptiens (Si les Égyptiens se font échos d’une histoire datant de 9 000 ans, les Grecs vont vouloir positionner leurs ancêtres dans le tableau et tant qu’à faire en leur donnant le beau rôle). En effet la jeune société Greque ne peut ignorer que les Egyptien sont un très ancien Empire donc les monuments antiques ont déjà à l'époque plus de 2000 ans ! Ce point suffit déjà à expliquer pourquoi Platon pourrait vouloir faire remonter Athène aussi loin dans le passé, ce qui ne tient pas historiquement aujourd'hui et ne tenait déjà sans doute pas à son époque. Cette partie serait donc du domaine du mythe et ressenti comme tel assez clairement par toute personne cultivée de l'époque. Si Platon avoit voulu tromper ses lecteurs, il aurait sans doute choisi une date moins improbable.

Mais si on décide que la partie sur l'Athène d'il y a 9000 ans est du domaine du mythe, pourquoi en serait il autrement pour l'adversaire qu'est l'Atlantide ? Et bien le doute, pour ma part, vient de la date justement. Il se trouve qu’elle nous fait remonter au Dryas récent, une période documentée de grands changements, la dernière à ce jour. Le Dryas récent, ou Dryas III, est une période de 1 200 ans allant de 10 900 à 9 700 av. J.-C. Le Dryas récent voit le retour des glaciers sur les terres septentrionales ou montagneuses du fait d'une importante chute de la température moyenne de 7 °C dans l'hémisphère Nord. Il est enregistré dans les sédiments, les carottes glaciaires et les dépôts de pollens fossiles des tourbières. La fin du Dryas récent est marquée à son tour par une élévation brutale de la température moyenne de l'hémisphère nord d'environ 7 °C en 50 à 60 ans, cette hausse atteignant 10 à 12 °C en des durées encore inférieures localement.

Selon les scientifiques, ce refroidissement pourrait être dû, conjointement ou non, à une modification des courants de l'océan Atlantique qui auraient cessé de convoyer de l'eau réchauffée de l'équateur vers l'Europe, une diminution de l'activité solaire, qui selon certains chercheurs s'accompagne d'une diminution des taches solaires et se traduit par une production plus importante de 14C dans l’atmosphère (mais la diminution de l'activité solaire ne pourrait expliquer à elle seule le refroidissement qui a affecté l'hémisphère nord pendant le Dryas), des émissions intenses d'aérosols et de cendres volcaniques, un impacteur (hypothèse de l'impact cosmique du Dryas récent) ou une éjection de masse coronale qui aurait atteint la Terre, déréglé le climat de manière abrupte et causé l'extinction de masse de cette période.

Notons bien que parmi les quelques causes officiellement admises pour le Dryas récent, il y a un « impacteur », c’est-à-dire le choc entre la terre et un corps céleste de masse assez importante. Plusieurs géologues réputés ont d’ailleurs publié ces dernières années différents articles sur des traces de ce type de collision concernant l’hémisphère Nord avec un choc principal au niveau du Canada. La concordance temporelle peut bien sur être un hasard mais c’est un sacré hasard, car des périodes charnières comme ça il n’y en a vraiment pas beaucoup et un gros chiffre pris au hasard à très peu de chance de tomber juste… (Et bien sûr on peut douter que Platon ait choisi cette temporalité pour son mythe car il aurait personnellement su que c'était la date exacte du tout dernier changement cataclysmique qu'avait connu la terre donc ça nous laisse deux possibilités, le hasard ou le fait que les Égyptiens de l'époque antique gardaient encore le souvenir correctement daté d'une catastrophe antédiluvienne).

" ... les monuments écrits disent que votre cité détruisit jadis une immense puissance qui marchait insolemment sur l’Europe et l’Asie tout entières, venant d’un autre monde situé dans l’océan Atlantique. On pouvait alors traverser cet Océan ; car il s’y trouvait une île devant ce détroit que vous appelez, dites-vous, les colonnes d’Héraclès. Cette île était plus grande que la Libye et l’Asie réunies. De cette île on pouvait alors passer dans les autres îles et de celles-ci gagner tout le continent qui s’étend en face d’elles et borde cette véritable mer. (...) Or dans cette île Atlantide, des rois avaient formé une grande et admirable puissance, qui étendait sa domination sur l’île entière et sur beaucoup d’autres îles et quelques parties du continent. En outre, en deçà du détroit, de notre côté, ils étaient maîtres de la Libye jusqu’à l’Égypte, et de l’Europe jusqu’à la Tyrrhénie. "

Voilà la première description de l’Atlantide. On peut déjà noter qu’il s’agit d’informations concises et relativement claires, en autre sur la taille (Il s’agit plus d’une île-Continent comme l’Australie que d’une simple île lambda) et sur sa position indiquée en toute lettre comme étant DANS l’Océan Atlantique. Visiblement les Atlantes ont par contre colonisé des terres en méditerranée, au sud la Libye (qui signifie à l’époque toute l’Afrique du Nord entre Maroc et Tunisie, la Libye actuelle étant en bonne partie sous domination égyptienne) et au nord la région Tyrrhénienne (c’est-à-dire la côte nord occidentale de la méditerranée (Sud de l’Espagne et de la France, Côte ouest de l’Italie, Corse, Sardaigne, Sicile et Malte)

Un peu plus loin dans le texte, Platon rajoute une autre information géogaphique en indiquant explicitement que l'Atlantide se trouve au-delà des colonnes d'Héracles (latinisé en « Hercule »). C’est le nom donné, dans l'Antiquité classique, aux montagnes qui bordent le détroit de Gibraltar. Il s'agit du rocher de Gibraltar (Calpe en latin) au nord, sur la rive européenne, et du mont Abyle (Mons Abyla), aujourd'hui djebel Musa, sur la rive marocaine. Si les légendes diffèrent que le fait que Hercule aurait forcé le passage dans la montagne, créant de ce fait le détroit de Gibraltar ou au contraire réduit la taille du passage existant pour empêcher les monstres de rentrer dans la Méditerranée, l’emplacement est lui bien connu dans le monde Grec et donc si Platon utilise ce terme, c’est encore une fois clairement pour situer l’Atlantide à l’Ouest de Gibraltar et sûrement pas en Méditerranée.

Le texte bascule ensuite sur des considérations différentes, non sans nous promettre de revenir à la composition politique de l’Atlantide et de cette Grèce des temps d’avant. Tout ceci se trouve dans le livre suivant, Critias.

Critias

Faisant suite au Timée, le Critias permet à Platon d'expliquer l'organisation de l'Atlantide. Comme pour le Timée, je vais ici donner les passages qui me paraissent intéressants dans l'ordre où ils apparaissent dans le texte.

" Autrefois les dieux se partagèrent entre eux la terre entière, contrée par contrée et sans dispute. (...) Ayant obtenu dans ce juste partage le lot qui leur convenait, ils peuplèrent chacun leur contrée, et, quand elle fut peuplée, ils nous élevèrent, nous, leurs ouailles et leurs nourrissons, comme les bergers leurs troupeaux... "

Notons qu'on retrouve ici le concept mésopotamien de Dieux qui se partagent la Terre en territoires indépendants. La nuance réside dans le fait que les Dieux mésopotamiens sont vindicatifs entre eux et utilisent l'humanité qu'ils ont créée comme des esclaves alors que les Dieux grecs sont plus paisibles et généralement bienveillants avec les humains. Suis un rapide historique que je résume par quelques extraits du texte.

" C’est ainsi que Poséidon, ayant eu en partage l’île Atlantide, installa des enfants qu’il avait eus d’une femme mortelle dans un endroit de cette île que je vais décrire. (...) Ils engendrèrent une fille unique, Clito, qui venait d’atteindre l’âge nubile, quand son père et sa mère moururent. Poséidon, s’en étant épris, s’unit à elle et fortifia la colline où elle demeurait, en en découpant le pourtour par des enceintes faites alternativement de mer et de terre, les plus grandes enveloppant les plus petites. Il en traça deux de terre et trois de mer et les arrondit en partant du milieu de l’île, dont elles étaient partout à égale distance, de manière à rendre le passage infranchissable aux hommes ; car on ne connaissait encore en ce temps-là ni vaisseaux ni navigation. (...) Lui-même embellit l’île centrale, chose aisée pour un dieu. Il fit jaillir du sol deux sources d’eau, l’une chaude et l’autre froide, et fit produire à la terre des aliments variés et abondants. Il engendra cinq couples de jumeaux mâles, les éleva, et, ayant partagé l’île entière de l’Atlantide en dix portions, il attribua au premier né du couple le plus vieux la demeure de sa mère et le lot de terre alentour, qui était le plus vaste et le meilleur ; il l’établit roi sur tous ses frères

Tous ces fils de Poséidon et leurs descendants habitèrent ce pays pendant de longues générations. Ils régnaient sur beaucoup d’autres îles de l’Océan et, comme je l’ai déjà dit, ils étendaient en outre leur empire, de ce côté-ci, à l’intérieur du détroit, jusqu’à l’Égypte et à la Tyrrhénie. La race d’Atlas devint nombreuse et garda les honneurs du pouvoir. Le plus âgé était roi, et, comme il transmettait toujours le sceptre au plus âgé de ses fils, ils conservèrent la royauté pendant de nombreuses générations. Ils avaient acquis des richesses immenses, telles qu’on n’en vit jamais dans aucune dynastie royale et qu’on n’en verra pas facilement dans l’avenir. Ils disposaient de toutes les ressources de leur cité et de toutes celles qu’il fallait tirer de la terre étrangère."

Beaucoup leur venaient du dehors, grâce à leur empire, mais c’est l’île elle-même qui leur fournissait la plupart des choses à l’usage de la vie, en premier lieu tous les métaux, solides ou fusibles, qu’on extrait des mines, et en particulier une espèce dont nous ne possédons plus que le nom, mais qui était alors plus qu’un nom et qu’on extrayait de la terre en maint endroit de l’île, l’orichalque, le plus précieux, après l’or, des métaux alors connus. Puis tout ce que la forêt fournit de matériaux pour les travaux des charpentiers, l’île le produisait aussi en abondance. Elle nourrissait aussi abondamment les animaux domestiques et sauvages. On y trouvait même une race d’éléphants très nombreuse ; car elle offrait une plantureuse pâture non seulement à tous les autres animaux qui paissent au bord des marais, des lacs et des rivières, ou dans les forêts, ou dans les plaines, mais encore également à cet animal, qui par nature est le plus gros et le plus vorace.

S’il est une chose généralement reliée au mythe de l'Atlantique c'est bien l'Orichalque. Les Romains donnaient ce nom (bien après Platon donc...) au Laiton, l'alliage du Cuivre et du Zinc. Certains ont postulé que l’Orichalque de’ l’Atlantide était le Bronze (Cuivre + Étain) qu’ils auraient su créer avant tout le monde. J’en doute pour ma part car Platon présente l'orichalque non comme un alliage mais comme un métal à part entière, extrait de la terre, ce qui peut plaider pour l'hypothèse du platine, métal précieux et brillant, proche de l'or dans le tableau des éléments, et dont on trouve notamment des gisements en Amérique centrale et du Nord, au Groenland et dans le grand Nord russe.

" Ils tirèrent leurs pierres du pourtour de l’île centrale et de dessous les enceintes, à l’extérieur et à l’intérieur ; il y en avait des blanches, des noires et des rouges. Les deux sources, l’une d’eau froide et l’autre d’eau chaude, avaient un débit considérable et elles étaient, chacune, merveilleusement adaptées aux besoins des habitants par l’agrément et la vertu de leurs eaux. "

Deux détails à relever ici -qui peuvent parfaitement être de l'ordre de la coïncidence- ; Platon parle de pierres de 3 couleurs (Blanches, Noires et Rouges), ce qui est caractéristique des zones à forte activité volcanique tout comme la présence de sources d'eau chaude.

Le texte rentre ensuite dans certains détails de l'organisation politique et de l'évolution de l'Atlantide. En résumé, plus les générations passent, plus l'étincelle divine faiblit et plus les rois sont humains, et donc avides de toujours plus de pouvoir et de fortune, ce qui va les conduire à la guerre contre l'Athènes mythique et forcement parfaite qui sera la seule puissance capable de les stopper avant que Zeus ne décide d'en finir avec eux en faisant couler l'île. Notez ceci dit que le texte n'est pas complet ! Le manuscrit de Platon finit sur ces mots :

" Alors le dieu des dieux, Zeus, qui règne suivant les lois et qui peut discerner ces sortes de choses, s’apercevant du malheureux état d’une race qui avait été vertueuse, résolut de les châtier pour les rendre plus modérés et plus sages. À cet effet, il réunit tous les dieux dans leur demeure, la plus précieuse, celle qui, située au centre de tout l’univers, voit tout ce qui participe à la génération, et, les ayant rassemblés, il leur dit :…

Soit Platon n'écrivit jamais la suite, dans laquelle il devait détailler la guerre des Athéniens contre les Atlantes, soit celle-ci s'est perdue. Le même doute subsiste quant à l'existence du troisième dialogue, l'Hermocrate, qui devrait en toute logique compléter le triptyque.

Ignatius Donnelly et l’hypothèse de l’histoire vraie

Le texte de Platon sera vite oublié jusqu’à ce qu’on découvre l’Amérique. Certains se rappellent alors de cette « île-continent » sensée se situer au large des colonnes d’Hercule. Et si l’Atlantide était l’Amérique ? Mais très vite les autorités religieuses font taire ces questions. Comment imaginer qu’une telle civilisation, si elle avait existé, soit absente de l’Ancien testament ? Cette absence va longtemps avoir force de preuve qu’il s’agit d’un simple mythe et malheur à celui qui voudrait contredire la sainte inquisition.

La première étude sérieuse sur le sujet date de 1882. Cette année-là, Ignatus Donnelly publie un ouvrage intitulé « Atlantis : The Antediluvian World ». Donnely part du principe que l’histoire de Platon est vraie et que l’Atlantide a été détruite par un cataclysme mondial que la Bible présente comme « Le Déluge ». Il avance comme argument en faveur de sa thèse qu’il est extrêmement peu probable que les civilisations pré-colombiennes ait eu le moindre contact avec les anciennes civilisations européennes comme l’Égypte et que la seule explication aux points communs retrouvés dans les mythes et les gravures Maya et Égyptiennes serait par conséquent une civilisation originelle commune aux deux.

Selon lui, quelques personnes purent s'échapper de l’Atlantide à bord de bateaux et de radeaux et ont emporté vers l'est et l'ouest la nouvelle de la terrible catastrophe qui a survécu jusqu'à nos jours dans les légendes d'inondation et de déluge des différentes nations des vieux et nouveau mondes. Dans un ouvrage ultérieur, « Ragnarok : The Age of Fire and Gravel », il donnera comme hypothèse la plus probable à la cause du déluge un choc avec une comète, ce qui expliquerait l’omniprésence du mythe du serpent dans les diverses cultures (Graham Hancock n’a donc rien inventé, il ne fait que travailler sur cette hypothèse déjà ancienne).

Aujourd’hui classifié comme auteur populiste et pseudo-scientifique, l’homme fut de son vivant rien moins que lieutenant-gouverneur du Minnesota de 1860 à 1863, député républicain radical du Minnesota aux 38e, 39e et 40e Congrès (1863-1869), sénateur d'État de 1874 à 1878 et de 1891 à 1894, et représentant d'État de 1887 à 1888 et de 1897 à 1898. Donnelly a également été un partisan précoce du droit de vote des femmes.

Hypothèse des Açores

Partisan d’une lecture stricte du texte de Platon, Donnelly place l’Atlantide au niveau des îles les plus proches du point médian entre Portugal et Mexique, à savoir les Açores. Les Acores sont un groupe d’îles portugaises qui se trouvent dans l'Atlantique Nord, à environ 1 450 km à l’ouest de Lisbonne. Diogo de Silves en est le découvreur supposé en 1427, sans débarquement. Gonçalo Velho Cabral est l'explorateur de l'archipel à partir de 1432 où il introduit du petit bétail (moutons, chèvres, porcs, poulets). Les Açores sont inhabitées à leur découverte mais on y a découvert par la suite des vestiges mégalithiques.

" On pouvait alors traverser cet Océan ; car il s’y trouvait une île devant ce détroit que vous appelez, dites-vous, les colonnes d’Héraclès. Cette île était plus grande que la Libye et l’Asie réunies. De cette île on pouvait alors passer dans les autres îles et de celles-ci gagner tout le continent qui s’étend en face d’elles et borde cette véritable mer. "

Partant des colonnes d’Hercule (Gibraltar), si l’on admet qu’il y avait au niveau des Acores une très importante île depuis submergée à 95 %, on aurait bien en continuant vers l’Ouest d’autres îles, Les Bahamas, puis un véritable continent, les Amériques… Étrange coïncidence encore une fois… L'hypothèse a été par la suite scientifiquement discréditée grâce à la tectonique des plaques et aussi à cause de la profondeur importante des terres immergées autour des îles. Pour qu'une île-continent s'effondre, il faut que ce soit une plaque complète qui s'effondre, ce qui rendait l'hypothèse irréaliste.

Mais on sait à présent que les Açores sont un point très particulier, car c'est le point de jonction de TROIS plaques tectoniques (Afrique, Europe, Amériques). Les Açores reposent sur un plateau océanique basaltique, appelé aussi plateau sous-marin, qui est une vaste région de croûte océanique anormalement épaisse située en moyenne de 2 000 à 3 000 mètres au-dessus du plancher océanique. Il a été formé par le point chaud des Açores, un point chaud étant une région dont l’activité volcanique intense est due à des remontées chaudes de manteau nommées panaches. Le plateau océanique des Açores est donc en réalité une micro plaque tectonique, un micro-continent de forme grossièrement triangulaire et se trouvant à moins de 2000 m sous le niveau de la mer.

On aborde ici l’autre argument régulièrement donné contre l’hypothèse de l’Atlantide aux Acores, c’est que les terres émergées il y a 10 000 ans se trouvent normalement à moins de 200 mètres de la surface et non pas à 2000 mètres. C’est fort juste sauf cas particulier ! Et la position des Acores, à la rencontre de TROIS plaques tectoniques en fait justement un cas très particulier.

Le géologue français Pierre Termier a d’ailleurs apporté sur le sujet un témoignage très important :

« Dans l’été de 1898, un navire était employé à la pose d’un câble télégraphique sous-marin qui relie Brest au Cap Cod. Le câble avait été rompu ; et on cherchait à le repêcher, au moyen de grappins. C’était par 47°0’ de latitude Nord et 29°40′ de longitude à l’Ouest de Paris, à 500 milles ou 800 kilomètres environ au Nord des Açores. La profondeur moyenne était d’à peu près 1700 brasses ou 3100 mètres. Le relevage du câble présenta de grandes difficultés, et il fallut, pendant plusieurs jours, promener les grappins sur le fond. On constata ceci : le fond de la mer, dans ces parages, présente les caractères d’un pays montagneux, avec de hauts sommets, des pentes roides et des vallées profondes. Les sommets sont rocheux et il n’y a de vases que dans le creux des vallées.

Le grappin, en parcourant cette surface très tourmentée, se prenait constamment dans les roches à pointes dures et à arêtes vives ; il revenait presque toujours cassé ou tordu, et les tronçons remontés portaient de grosses et larges stries et des traces de violente et rapide usure. A plusieurs reprises, on trouva entre les dents du grappin de petites esquilles minérales ayant l’aspect d’éclats récemment brisés. Toutes ces esquilles appartenaient au même genre de roches. L’avis unanime des ingénieurs qui assistaient au dragage fut que les éclats en question avaient été détachés d’une roche nue, d’un véritablement affleurement, acéré et anguleux.

La région d’où provenaient les éclats était d’ailleurs précisément celle où les sondages avaient révélé les plus hauts sommets sous-marins et l’absence presque complète de vases. Les esquilles, ainsi arrachées à des affleurements rocheux du fond de l’Atlantique, sont d’une lave vitreuse, ayant la composition chimique des basaltes et appelée tachylyte par les pétrographes. Nous conservons quelques-uns de ces précieux fragments au Musée de l’École des Mines de Paris. Le fait a été signalé, en 1899, à l’Académie des Sciences. Peu de géologues en ont, à ce moment-là, compris la très grande portée. Une telle lave entièrement vitreuse, comparable à certains verres basaltiques des volcans des îles Sandwich, n’a pu se consolider à cet état que sous la pression atmosphérique. Sous plusieurs atmosphères, et à plus forte raison sous 3000 mètres d’eau, elle aurait certainement cristallisé. Elle nous apparaîtrait formée de cristaux enchevêtrés, au lieu d’être faite uniquement de matière colloïdale. Les études les plus récentes ne laissent à ce sujet aucun doute ; et je me contenterai de rappeler l’observation de M. Lacroix sur les laves de la Montagne Pelée de la Martinique : vitreuses, quand elles se figent à l’air libre, ces laves se remplissent de cristaux dès qu’elles se refroidissent sous un manteau, même peu épais, de roches antérieurement solidifiées.

La terre qui constitue aujourd’hui le fond de l’Atlantique, à 900 kilomètres au Nord des Açores, a donc été recouverte de coulées de laves quand elle était encore émergée. Elle s’est, par conséquent, effondrée, descendant de 3000 mètres ; et comme la surface des roches y a gardé l’allure tourmentée, les rudes aspérités, les arêtes vives des coulées laviques très récentes, il faut que l’effondrement ait suivi de très près l’émission des laves, et que cet effondrement ait été brusque. Sans cela, l’érosion atmosphérique et l’abrasion marine eussent nivelé les inégalités et aplani toute la surface.»

Pierre Termier n’est pas n’importe quel géologue. En 1894, il est nommé à la chaire de minéralogie et de pétrographie de l’École des mines de Paris, puis professeur de géologie générale. Les honneurs affluent : il sera directeur du Service de la Carte géologique de France et, à plusieurs reprises, président de la Société française de minéralogie et président de la Société géologique de France ; il est nommé académicien dans la section de minéralogie en 1909, inspecteur général des mines en 1914 et docteur honoris causa de l’université d’Innsbruck l’année de sa mort. Il apporte avec ce témoignage une preuve géologique de l’effondrement assez récent du plateau des açores qui peut parfaitement correspondre en terme de chronologie avec les écrits de Platon.

Hypothèse des Bahamas et/ou de Cuba

Bimini... Cet îlot des Bahamas situé au large de la Floride fut découvert au printemps de l’année 1512 par l’Espagnol Juan Ponce de León, qui pensait y trouver la fameuse « fontaine de jouvence » des légendes des Indiens antillais. Entre 1939 et 1940, le médium américain Edgar Cayce fait plusieurs fois allusion à l’Atlantide dans ses « visions ». Il affirme, c’est sa prédiction la plus connue, que des vestiges de l'Atlantide seront trouvés en 1968 ou en 1969 devant les côtes des îles Bimini :

« Le continent de l'Atlantide occupait une position située entre le golfe du Mexique d'une part, et la Méditerranée d'autre part. Une partie des temples peut encore être découvert sous la boue des âges et de l’eau de mer près de Bimini … Attendez vers ‘68 ou ‘69 – pas plus loin. »

Par une étrange coïncidence, l’îlot revint au-devant de l’actualité en 1968 à cause de la découverte par le zoologue J. Manson Valentine de structures sous-marines d’un aspect particulier. Longue de 70 m et large de 10 m, elle semble construite en gros blocs de pierres régulières assemblées par une espèce de ciment. Certains blocs ont plus de 5 m de côté avec une épaisseur variant de 0,50 à 1,50 m. En fonction de leur densité, ces blocs peuvent atteindre un poids de 5 tonnes. La face extérieure du mur est nettement dressée et alignée. Les coins inférieurs sont vérifiables à l'équerre dans les trois axes.

En 1971, l'ingénieur chimiste Doru Todericiu et l'ingénieur naval Dimitri Rebikoff explorent et photographient ces vestiges qui, selon eux, semblent indiquer qu'on aurait affaire à un ancien port submergé, comportant des quais et une double jetée, élargie à certains endroits symétriques. De son côté, après dix expéditions sous-marines, commencées en 1974, le professeur d'anglais David Zink acquiert aussi la conviction que ces pierres sont des mégalithes érigés par l'homme.

Mais une vive controverse éclata autour de la nature réelle desdites structures à partir du moment où les géologues établirent que ces ruines s’étaient retrouvées immergées vraisemblablement sous l’action du lent affaissement local du plateau des Bahamas et du rehaussement ininterrompu du niveau des eaux marines dû à la fonte des glaces polaires (L’autre option serait qu’elles avaient été construites par des hommes poissons !), ce qui les amenait à un âge minimum de 12 000 ans.

Un certain Wyman Harrison, géologue et écologiste en quête de gloire facile, décréta alors qu'elles étaient naturelles, similaires à la chaussée des Géant en Irlande. Malgré les conclusions contraires scientifiquement établies par des spécialistes hautement qualifiés , on s'en tint officiellement à cette version. Cette attitude était moins dictée par la force des arguments de Harrison, que par le fait qu'on ne pouvait pas imaginer des bâtisseurs capables de réaliser de telles constructions à l'époque, ni en Amérique, ni ailleurs.

« Selon le rapport officiel des géologues de l’université de Miami du 25 février 1971, le « mur » est formé de blocs de micrite qui ne présentent aucune ressemblance de nature pétrographique avec les formations rocheuses naturelles qu’il recouvre. Ces dernières sont de nature calcarénite (grains de matériau calcaire cimenté par des cristaux aciculaires d’aragonite), caractéristique des roches des côtes du nord de l’îlot de Bimini. Le rapport des scientifiques est formel : les blocs qui composent cette structure artificielle relèvent, du point de vue géologique, de couches qui se trouvent à une distance de plus de vingt kilomètres de l’autre côté de l’île, d’où ils proviennent. »

Depuis d’autres restes (murs, routes dallées, ruines de monuments, etc.) ont été découvertes dans cette région. En 2000 une équipe menée par l'ingénieur maritime Paulina Zelitski et son mari Paul Weinzweig, travaillant sur une mission d'exploration en collaboration avec le gouvernement cubain, ont découvert au large de la côte de la péninsule de Guanahacabibes dans le Pinar del Río (une Province de Cuba) des structures en pierre présentant certaines particularités géométriques qui ont pu les laisser interpréter comme des ruines d'anciennes constructions humaines. Lors de sa deuxième visite, l'équipe est revenue sur le site avec un véhicule sous-marin télécommandé qui a filmé des images avec sonar interprétées comme diverses structures circulaires ou pyramidales faites de blocs de pierre massifs et lisses ressemblant à du granit taillé, situées à des profondeurs d’environ 200 mètres, réparties sur une surface d'environ 20 km². Après avoir étudié les images, le rédacteur en chef de National Geographic, John Echave, a déclaré en 2002 : « Ce sont des anomalies intéressantes, mais c'est tout ce qu'on peut dire pour le moment. Cependant je ne suis pas un expert en sonar et jusqu'à ce que nous soyons capables d'aller là-bas pour voir, il sera difficile de caractériser ces formations. ». Et ça fait 20 ans que divers blocages financiers ou administratifs ont fait échouer toutes les tentatives de monter une expédition destinée à creuser la question…

Notons cependant que même si ces ruines seraient la preuve qu’une ancienne civilisation inconnue peuplait le plateau des Bahamas avant qu’il soit recouvert par la mer, elles ne sont pas pour autant une preuve de l’existence de l’Atlantide, car ces constructions ne nous disent rien de leurs bâtisseurs. Par contre et inversement, j’ai souvent lu que le simple fait que la mer ait recouvert le site suite à la forte montée du niveau des océans il y a 12 000 ans (cette dernière étant reconnue par la science officielle) excluait l’hypothèse « Atlantide » puisque Platon parle d’une catastrophe soudaine. Ce raisonnement se tient si l’on parle d’une montée progressive des niveaux de la mer comme on le connaît de nos jours (D’après des recherches publiées le 15 février 2022, le niveau des océans s’élève de plus en plus vite et devrait gagner 30 cm d’ici à 2050). Mais si l’on tient compte d’un impacteur cosmique majeur, le scénario est tout autre, il y aurait à ce moment-là un Tsunami mondial qui dévasterait brutalement une bonne partie des zones terrestres hors montagne puis un dérèglement climatique majeur pouvant conduite à une montée progressive des océans qui recouvriraient alors les ruines des zones côtières.

Hypothèse des Canaries

Le troisième et dernier endroit situé "au delà des colonnes d'hercule" ET "donnant plus loin sur un vaste continet" est l'archipel des Canaries. Les îles Canaries sont un archipel situé au large des côtes du Maroc et constitué de sept îles principales: Tenerife, Gran Canaria, Lanzarote, Fuerteventura, La Palma, La Gomera et El Hierro. Ces îles étaient habitées bien avant l’arrivée des Européens, par un peuple autochtone appelé les Guanches. Les îles Canaries sont connues depuis l’antiquité. On sait que les Phéniciens et les Carthaginois y abordèrent.

Les premiers conquérants furent les Normands Jean de Bethencourt et Gadifer de Lasalle, qui s’établirent à Lanzarote en 1402 puis à Fuerteventura et à El Hierro. En débarquant pour la première fois aux îles Canaries, les Normands y trouvèrent des indigènes autochtones, les Guanches, plutôt blonds, au teint clair et de haute taille. La population autochtone des îles devait alors s’établir à environ 70 000 individus au total, dont près de 30 000 à Tenerife et autant à Gran Canaria. Lorsqu’il leur fut possible de comprendre leur langue, ils découvrirent avec étonnement que les Guanches se croyaient seuls au monde, persuadés d’être les derniers survivants d’une terrible catastrophe qui, plusieurs millénaires auparavant, avait anéanti l’humanité toute entière ! Les îles étant bien à l’ouest (sud-ouest) des colonnes d’Héraclès, certains y virent donc un lien direct avec l’Atlantide.

Sur le plan architectural, Tenerife recèle un lieu archéologique spectaculaire : le site de Güimar, avec plusieurs pyramides à degrés présentant une orientation Nord/Sud sur l’axe du solstice d’été. La perfection et la taille des structures pyramidales leur confèrent un caractère cérémoniel, voire astronomique puisque l’Institut d’Astrophysique considère leur sommet comme propice à l’observation du ciel. Entre les pyramides, diverses places, ou aires délimitées, pourraient avoir représenté des lieux de culte ou d’expériences agricoles. On suppose en effet que l’observation des mouvements de la lune et du soleil peut avoir servi à l’identification des cycles agricoles, comme semble le confirmer leur localisation près de points d’eau. Visiblement le groupe humain à l’origine de ces constructions a ensuite fortement régressé car voici la description faite par Bocacce, un des premiers lettrés accompagnant les normands :

« des terres rocailleuses sans aucun type d’agriculture, mais riches en chèvres et autres animaux et remplies d’hommes et de femmes dénudés s’apparentant à des sauvages. »

Deux religieux, Pierre Bontier et Jean Leverrier, étudièrent la vie des indigènes et ajoutèrent une série de détails savoureux à la description de Bocacce. Selon leur témoignage, les Guanches primitifs, vivaient à l’âge de pierre, en communautés matriarcales, se nourrissant de racines et de lait de chèvre, et utilisant, comme armes, des pierres et des pics de bois aiguisés. Ces troglodytes, disaient-ils, « escaladaient les montagnes avec la même aisance que les chèvres et étaient si bon coureurs qu’ils pouvaient chasser un lièvre dans sa course ». Les Normands d’abord puis les Espagnols furent très étonnés d’observer ce peuple Guanche qui d'un côté ignorait l’usage des métaux, des tissus et de la navigation et n’utilisait que des outils en pierre mais de l'autre connaissait l’écriture et l’astronomie, appréciait la poésie, disposait d’une législation très élaborée et pratiquait une religion aux rites compliqués.

Il faut reconnaître que l’origine des premiers Canariens pose un réel problème ethnologique et l’on est assez tenté de voir une parenté entre les Guanches et les anciens berbères d’Afrique du Nord, également blonds et aux yeux bleus. Les premières analyses d'ADN ancien sur des marqueurs uni-parentaux ont mis en évidence les haplogroupes du chromosome Y E1b-M81, E1b-M78 et J-M267 et l'haplogroupe mitochondrial U6b. Ces premiers résultats sont en accord avec des données linguistiques, archéologiques et anthropologiques qui indiquent une parenté Nord Africaine Berbère.

Les Kabyles, peuple berbère d’Algérie, se distinguent par leur diversité ethnique et culturelle. Parmi les particularités physiques des Kabyles, on remarque souvent la présence de cheveux blonds et des yeux bleus. Ces caractéristiques suscitent de nombreuses interrogations quant à son origine qui reste un mystère complexe.

De mon point de vue, tout ceci plaide plus pour un territoire qui aurait vu arriver des survivants d’une catastrophe aux Açores que pour une Atlantide canarienne qui aurait sombré dans les flots car, comme pour les Bahamas, la géologie semble bien démontrer qu'il est impossible qu'un vaste territoire se soit ici soudainement "effondré" sous l'eau comme nous l'indique le mythe. Seule la zone des Açores possède des caractéristiques tectoniques rendant un effondrement soudain possible et même probable selon certains géologues (Avec ce bémol que même si l'effondrement soudain de la zone des Açores était scientifiquement avéré, ça ne prouverait en rien l’existence de l'Atlantide MAIS c'est compatible avec le mythe, ce qui empêche de classer l'affaire avec un haussement d’épaule dédaigneux…).

à suivre...

Animisme

- Publication du 24/09/2023 -

L’animisme a été défini par l’ethnologue britannique Edward Burnett Tylor (1871) comme la croyance selon laquelle la nature est régie par des esprits analogues à la volonté humaine. Il fondait son analyse sur le fait que dans beaucoup de ces cultures certains affirment ors de rêves, le dormeur peut atteindre un monde différent de celui où se trouve son corps. Pour Tylor c’est cette expérience qui aurait fondé la notion d’« âme ». Il y voyait la forme primitive ayant engendré toutes les religions.

Les anthropologues ont vite reproché à Tylor le caractère imprécis du terme animisme (tous les éléments de la nature ne sont pas partout perçus comme ayant une âme, attribuer un esprit ou une âme à un élément n’est pas la même chose, etc.). Et il est vrai que le terme d’animisme a été employé de manière très vague, pour finalement désigner toutes les religions qui ne sont pas universalistes (c’est-à-dire les religions de la conversion, telles le christianisme, l’islam) ou qui ne sont pas des religions de grands pays-civilisations (les religions chinoises, indiennes, etc.).

Aujourd’hui on trouve souvent dans les statistiques sur la présence des religions un pourcentage d’Animistes en Afrique ou en Asie, le terme restant un vaste fourre tout qui recouvre des pratiques allant du vaudou africain au chamanisme en passant par divers cultes totémiques ou ancestraux.

L’Animisme est-t-il une religion ?

Les religions du livre ont développé une réflexivité qui fait qu’il existe des « articles de foi ». Elles exigent une adhésion positive, instaurent une différence entre ceux qui croient et ceux qui ne croient pas et demandent aux fidèles de réaffirmer constamment leur foi. Tout cela est à peu près inconcevable dans l’animisme, où la croyance n’est pas un dogme, mais une expérience vécue. Dans des circonstances données, un ensemble d’indices permet à un chamane d’inférer la présence d’un esprit avec lequel il peut entrer en communication. Ou bien encore, certains signes vont indiquer l’existence d’une intentionnalité derrière une action animale, ou l’aspect d’une plante. La culture locale fait qu’il est alors normal d’accepter ces propositions. En régime animique, on ne se pose pas la question de savoir si l’on croit ou non dans les esprits : ce n’est pas une question de foi, c’est une expérience que l’on fait et que l’on interprète d’une certaine manière.

Autre différence importante, l’animiste ne vénère pas les esprits comme le croyant monothéiste va vénérer Dieu ou comme le polythéiste va vénérer le Dieu de la mer avant d’aller pêcher. L’animiste a des échanges avec les esprits, il demande un soutient et se propose d’aider en contre parti. Il respecte l’esprit mais ne se soumet pas à une puissance qui serait « supérieure ».

L’animisme peut donc être défini comme un « mode d’identification », c’est-à-dire une façon de concevoir la relation entre soi et l’autre. Dans le monde occidental moderne, on admet que l’homme partage le même monde physique que le reste des êtres qui peuplent l’univers mais on estime que l’humain est différent des animaux ou des plantes par le fait que nous sommes « supérieurs » et possédons une intériorité, des représentations, des intentions qui nous sont propres. L’animisme attribue à tous les êtres (et même à des choses naturelles comme la foudre ou un fleuve) ce même genre d’intériorité, de subjectivité, d’intentionnalité.

Les travaux des chercheurs contemporains, notamment ceux de l'anthropologue français Philippe Descola, conduisent donc à ne pas voir dans l'animisme une religion, mais plutôt « une manière de concevoir le monde, et de l'organiser ».

Exemple de cultes animistes

Il n’existe pas UN animisme qui serait légèrement adapté selon les régions ou modulé sur des points précis selon les interprétation du texte originel comme c’est le cas pour les grandes religions. L’Animisme étant au départ un ressenti lié à la culture locale dans laquelle on évolue, il va se présenter sous des formes extrêmement différentes, le point commun étant une volonté de vivre en accord avec la Nature. Cette différence est renforcée par l’absence de tout dogme qui donnerait des lignes directrices comme c’est le cas pour les religions du livre par exemple. C’est donc une pratique évolutive qui se modifie naturellement avec la société.

Parmi les grands courants animistes contemporain, on peut citer le Vaudou Africain, le Chamanisme des amérindiens ou des peuples sibériens et le Shintoïsme au Japon.

Points communs de diverses croyances animistes

Le culte des esprits

Les humains, les animaux, les plantes, la lune, le soleil, la rivière, tout ce qui compte possède une force et ces forces, sans notion de hiérarchie, sont les composants de la Nature. A côté de ce premier point, certains individus possèdent aussi un « esprit ». Il peut s’agir d’humains, d’animaux ou de végétaux mais dans chaque cas, la règle c’est que certains ont un esprit et d’autres non. Par exemple dans un troupeau, chaque animal à une force mais il y a en plus un esprit du troupeau qui peut s’incarner dans l’un ou l’autre des membres. Idem pour les arbres d’une forêt.

On retrouve toujours des totems animaliers (l’esprit du loup..) ou de lieux sacrés (L’esprit de la source…), des esprits des morts (Ancêtre protecteur, Personne assassinée qui assassine à son tour…), des esprits élémentaires (Gnomes, Salamandres, Sylphes, Ondines…) et des forces bénéfiques ou maléfiques (Génies, Djinns…). Certains esprits sont particulièrement puissants au point d’avoir un nom propre et de souvent se retrouver sur des zones bien plus vaste que de coutume (le culte animiste fonctionne au niveau de petits groupes -village, clan- et tant à disparaître dès que le nombre de gens communiquant régulièrement entre eux augmente.). Parmi les plus connus, on peut citer Baron Samedi ou Baba Yaga.

Pas de divinité consciente créatrice

La Nature existe, nous en faisons parti, nous devons simplement vivre en harmonie avec elle. De même que l’humain n’est pas supérieur aux outres êtres vivants, il n’y a pas la notion d’entité supérieure. Par contre il y a une notion de puissance. L’esprit d’un forêt millénaire sera bien plus puissant que celle d’un bosquet ou d’un simple humain.

Pas de "péché"

Comme il n’y a pas de divinité, il n’y a par conséquent pas de règles divine et donc pas de péché (le péché étant le non respect d’une de ces règles). Par contre il y a des règles qui dépendent de votre groupe et si vous ne respectez pas ces règles, vous offenser les esprits des ancêtres de votre groupe, ce qui va expliquer vos futurs problèmes.

L’animisme est une croyance de cause à effet. Si vous mettez le feu à une forêt l’esprit de la forêt va tenter de se venger et inversement si vous éteignez un incendie, le même esprit tentera de vous remercier. Tout acte provoque des effets négatifs ou positifs. Donc dans ce système de croyance rien n’arrive par hasard mais c’est toujours la conséquence d’un acte passé (on tombe malade car on a contrarié un esprit qui se venge de cette manière).

Le culte des ancêtres

L’esprit d’un ancêtre peut revenir pour prodiguer des conseils ou aider son clan mais il faut pour ça, bien entendu, lui témoigner du respect. C’est pourquoi dans ces croyances, on met un point d’honneur à faire des cérémonie en mémoire de ces ancêtres et qu’on leur offre un peu d’alcool ou de tabac selon ce qu’ils aimaient de leur vivant.

Structure sociétale

Il existe dans le monde animiste des personnes qui ont des facilités à communiquer avec les esprits. On leur donne différents noms selon les cultures : Sorciers, Guérisseur, Devin, Medium, Chamane, Druide, Prêtresse…

Hoodoo

- Publication du 05/09/2023 -

Le Hoodoo est un ensemble de pratiques, traditions et croyances spirituelles qui s'est développé quand plusieurs millions d'Africains ont été transférés de force en Amérique du Nord lors du commerce transatlantique des esclaves. Le hoodoo prend donc ses sources dans les diverses traditions spirituelles d'Afrique centrale et orientale mais il va s'imprégner fortement des croyances amérindiennes et de celles des américains blancs. Il s'est principalement développé dans les régions américaines du sud-est, là où l'esclavage était permis.

Le Hoodoo et le Vaudou ont donc en commun leurs sources africaines, mais la ressemblance s'arrete là ! Le Vaudou ressemble plus à une religion formelle, contrairement au Hoodoo qui est avant tout un système de magie ayant pour base la croyance que les mondes physique et spirituel sont étroitement liés et que les ancêtres peuvent guider et aider les vivants dans leur cheminement dans ce monde. Alors que le Vaudou est véritablement une culture à part entière, le Hoodoo se spécialise généralement dans les pouvoirs magiques et les avantages que la magie peut apporter.

Le Hoodoo est né dans le delta du Mississippi, où la concentration d’Africains esclaves était dense, pour se répandre ensuite dans les autres États esclavagistes. Plus tard, le Hoodoo s'est répandu à travers les États-Unis lorsque les Afro-américains ont quitté les États du Sud pour gagner les villes industrielles du Nord pendant la Grande Migration.

Si le Hoodoo était initialement destiné aux Afro-américains, sa pratique s'est étendue par la suite aux autres éléments de la population pauvre (Amérindiens, Cajuns...). En effet, le Hoodoo offrait à ces populations un sentiment de puissance et de contrôle et la possibilité d'attirer la chance dans de nombreux domaines (amour, argent, santé).

Le Hoodoo s'est développé en intégrant aux sources africaines la science des herbes des amérindiens (Le Hoodoo utilise beaucoup les herbes et les racines) et certains éléments du folklore des immigrants européens. Contrairement au Vaudou, il n'a pas cherché à s'intégrer dans la religion chrétienne (Les pratiquants du Vaudou dans le Sud-Est américains ont rapidement intégré les saints catholiques pour représenter les différents loas (Esprits) car leur religion était considérée comme païenne et inacceptable dans la société largement dominée par les chrétiens.

Dans la Hoodoo, il n'y a pas de prêtre ou d'équivalent aux Voodoo Queens. Il n'y a aucune structure officielle, juste des pratiquants qui échangent occasionellement des formules ou monnaient leur services. Du coup, les rituels sont très variables, chacun faisant un peu comme bon lui semble...

Certains confondent le lien du Hoodoo avec les esprits des morts et la nécomancie. C'est une erreur totale. la nécromancie européenne part du principe qu'on va forcer un mort (son corps ou son ame) à obéir aux volontés du nécromant. Dans le Hoodoo, ce rapport n'a rien à voir (ça serait plus proche du spiritisme). On ne va jamais essayé d'imposer quelque chose à un esprit, bien au contraire à l'appelle à l'aide et on offre des cadeaux dans l'espoir de recevoir un peu d'aide. Là encore il n'y a aucune règle, la logique étant d'offrir des objets que le mort appréciait (Un grand fumeur adorera recevoir des cigarettes sur son autel, un non fumeur ne va surement pas apprécier le cadeau).

De mon point de vue, on ne peut pas attendre grand chose d'un système non structuré où chacun fait un peu comme bon lui semble. C'est le meilleure moyen de perdre les bonnes recettes et d'être noyé sous des tonnes de grand n'importe quoi (Tout en gardant à l'esprit que celui qui connait vraiment les propriétés des herbes et des racines peut obtenir de réels effets, on oublie trop souvent que la quasi totalité des médicaments reprennent en fait de manière synthétique des éléments disponibles dans la nature). On est, toujours de mon point de vue, très loin du Vaudou pour lequel j'ai pu par contre constater de visu des effets pour le moins stupéfiants.

Hindouisme

- Publication du 27/04/2023 -

L'Hindouisme est la troisième religion la plus pratiquée au monde (14% des humains sont hindouistes) après le Christianisme (31% des humains) et l'Islam (23% des humains). C'est l'une des plus anciennes religions du monde encore pratiquées qui n'a ni fondateur, ni dogme imposé, ni institution cléricale organisée uniformément (les brahmanes -Grossièrement l'équivalent d'un prêtre- peuvent être de différentes écoles). Elle est issue du sous-continent indien qui reste son principal foyer de peuplement. 82% des indiens sont hindouistes, 12% musulmans, 2.3% chrétiens, 1.94% Sikhs et seulement 0.76% sont bouddhistes.

La majorité des hindous ont foi en l'autorité du Veda. Le veda est un ensemble de textes qui découleraient d'une « connaissance révélée » transmise d'abord oralement de brahmane à brahmane au sein du védisme, du brahmanisme, puis de l'hindouisme avant d'être couchés sur le papier. Le Veda fut révélé aux êtres humains de façon « non humaine » par Brahmā (une des trois déités hindoues majeures qui représentent la partie manifestée de la divinité suprême. Brahma conceptualise le Créateur, les deux autres étant Vishnou -Le Conservateur- et Shiva -Le Destructreur-) et grâce à l'« audition » des Rishi (des « Sages » qui étaient en méditation profonde).

Il existe au delà de la trinité Brahmā-Vishnou-Shiva, souvent appelé Trimurti, une diversité remarquable de dieux et déesses dans le Panthéon védique des Indiens, permettant à tout un chacun de pratiquer à sa guise et cheminer vers la béatitude. Ceci explique la tolérance de vénérer différents dieux et déesses Hindous par les membres d’une même famille. Cet aspect rarement retrouvé dans d’autres religions (sauf peut-être dans le polythéisme grec) est familier en Inde.

L'hindouisme se présente comme un ensemble de concepts philosophiques, politiques, scientifiques, artistiques issus d'une tradition remontant à la protohistoire indienne, la pratique hindouiste étant sans doute issue d'une tradition orale très ancienne, proche de l'animisme. La division sociale en quatre castes ou «varna» (d'un mot qui signifie couleur) dérive de cette foi : au sommet de l'échelle sociale se tiennent les brâhmanes, spécialistes des rites, prêtres et enseignants, puis les kshatriya ou kshatria (guerriers), les vaiçya ou vaisa (travailleurs) et les çudras ou sudra (serviteurs). Chacune de ces castes est divisée en une multitude de sous-castes, parfois proches de corporations de métiers, qui diffèrent selon les régions. On nait dans une caste et seules la mort et la réincarnation permettent de lui échapper.

Restent les hors-caste ou «intouchables», communément méprisés (environ 15% de la population indienne) : ils sont connus en Occident sous le nom de paria (d'après le mot tamoul qui les désigne). Situés hors de l'échelle des castes, ils sont traditionnellement cantonnés aux tâches considérées comme les plus impures : le nettoyage des latrines, le ramassage des déchets... Un hindou orthodoxe considérait encore il y a quelques années que le simple contact de l'ombre d'un intouchable suffisait à souiller un brâhmane, qui devait alors se purifier.

Le concept de création de l'univers est absent de la pensée hindoue, selon laquelle toutes choses ont existé sans commencement, y compris l'univers, Dieu, les Écritures et l'humanité. Néanmoins, cette perception comporte en soi l'idée de cycles de création qui produisent des débuts relatifs. Chaque cycle s'amorce à partir d'un état préexistant contenu en germe, grandit, fleurit, se fane et meurt, mais, tout comme la fleur qui meurt, il laisse des graines pour sa reproduction. Chaque cycle laisse ainsi un germe qui est à l'origine du cycle suivant.

La philosophie hindoue décrite dans les épopées et les Puranas est centrée d'abord sur celle de la doctrine de l’avatar (incarnation, partielle ou totale, d'un dieu en être humain). Les deux avatars principaux de Vishnou qui apparaissent dans les épopées sont Râma, le héros du Râmâyana, et Krishna, le protagoniste majeur du Mahâbhârata. À la différence du concept abstrait de Brahman (qui décrit le divin comme étant omniprésent, impersonnel et sans forme), les avatars de ces épopées sont des intermédiaires humains entre l’Être suprême et les mortels qui offrent une vision du divin plus accessible. On peut rapprocher ce concept de celui de Jesus Christ. La religion hindoue croit aussi en l'existence d'entités célestes appelées devas (ou dévas) qui peuvent être appréhender comme des manifestations sous une forme mondaine du Seigneur suprême ou comme des êtres célestes subordonnés au Seigneur suprême (comme nos anges donc...).

Bien que la mythologie hindoue mentionne aussi plusieurs classes d'êtres démoniaques, opposés aux Devas, elle ne croit pas au concept du Mal. Le mal dans le monde n'est pas attribué à une force supérieure maléfique comme notre Satan mais à l'ignorance humaine. En effet il existe en hindouisme un concept nommé Dharma qui correspond à l’ordre naturel du monde. Aider une personne est généralement bien vu et favorise la paix et l'équilibre, ça va donc dans le sens du Dharma alors que tuer des gens ou leur faire du mal génère de la colère, des vengeances, du désordre et va donc en sens contraire du Dharma. Comme le sens global du Dharma est puissant, il faut être très ignorant pour tenter de contrarier ce sens. Du fait la mythologie indienne n'oppose donc pas le Bien contre le Mal et les batailles mythologiques voient plutôt s'affronter des classes d'êtres contre d'autres, certaines idées contre d'autres.

Étrangement, si cette opposition Bien/Mal n'est pas du tout mise en avant, la cosmogonie hindoue enseigne pourtant que le principe de toute vie, de tout progrès, de toute énergie, réside dans les différences, les contrastes. « L’une des explications les plus courantes du passage de Brahman [l'Absolu, à ne pas confondre avec le Dieu de la trinité nommé Brahma] à l’univers physique est celle selon laquelle la première différenciation se ferait entre énergie et substance, force et matière, dans leurs essences primordiales respectives appelées dans la terminologie hindoue prâna et âkâsha ».

La croyance en la réincarnation est fondamentale dans l'hindouisme : nous avons été, nous sommes et nous serons des êtres bien différents au cours de nos innombrables vies. En réalité, selon l'hindouisme, du fait qu'il y a une infinité d'univers et que le cycle des réincarnations est sans commencement, tous les végétaux et animaux sont tous d'anciens humains qui n'ont pas réussi à accéder au Nirvâna. Naître humain est donc vu comme une chance rare à ne pas gaspiller en désirs et actes égoïstes.

Beaucoup de pensées et de désirs que nous découvrons en analysant nos impulsions inconscientes découlent des pensées et des actions de nos vies antérieures. Les expériences de notre vie présente sont dans une certaine mesure la conséquence des actions bonnes et mauvaises et des pensées survenues dans les vies antérieures. En effet, l'homme devient ce qu'il accomplit ; les bonnes actions d'une existence antérieure améliorent les conditions de vie de l'existence à venir, tandis que de mauvaises actions les aggravent. C'est la notion de Karma (Ce terme dérive du sanskrit et signifie action). Il n'est pas ici question de récompense ou de punition, puisqu'il n'y a personne pour récompenser ou punir, le Karma fonctionne plutôt comme un marqueur d'évolution qu'on fait librement bouger soi -même selon nos actions. Chacun est donc comptable de ses actes. Seule sa responsabilité est en cause. Par exemple, une maladie incurable n’est pas le fait du hasard, de la malchance ou d’une responsabilité externe, mais la conséquence d’un karma passé.

Le poids du karma présent dans l'inconscient au moment de la mort détermine l'état ou l'échelon auquel renaîtra une personne. Par un nombre infini de vies, on peut se hisser pour atteindre enfin l'échelon des dieux. La personne y reçoit l'honneur de tenir la place d'une divinité, exerçant sa fonction cosmique jusqu'à ce que les mérites de sa bonté soient épuisés.

Le fait de penser qu'on peut être animal ou humain selon ses incarnation favorise bien sur le vétérarisme chez les hindouistes. Même s'il n'est nullement obligatoire, on estime que 85% de la population hindoue suit un régime végétarien. Et pour les 15% de carnivores, il demeure un tabou suprême : la vache ! La vache est en effet vue en Inde comme une « Mère universelle » du fait qu'elle donne son lait à tous, même à ceux qui ne sont pas ses veaux. Dans l'État du Gujarat, du nord-ouest de l'Inde, le meurtre d'une vache est un acte qui condamne le coupable à une peine de prison à perpétuité !

Vimanas

- Publication du 23/03/2023 -

Si de nombreux textes antiques parlent de créatures venues du ciel, à l'image des anges de la religion chrétienne, certains sont assez allégoriques alors que d'autres semblent étrangement descriptifs. Ainsi les textes sumériens parlent de "Dieux" qui se sont échoués sur Terre (d'où le "Dieux" entre parenthèse, car le statut de divinité s'accorde mal avec le concept de s'échouer quelque part...) et expliquent assez précisement comment ils s'organisent pour survivre en se servant des humains locaux comme serviteurs/esclaves. Mais la palme du descriptif revient aux antiques textes indiens comme le Mahabharatra où il est très clairement question de machines volantes, les Vimanas.

Premier point à souligner, les anciens textes indiens sont très nombreux et leur langue, le Sanskrit, est connu et parfaitement traduisible sans les mêmes approximations que le cunéiforme de Mésopotamie ou les hieroglyphes de l'Ancien Empire. Donc les sources sont là, disponibles et nombreuses. On ne parle pas d'un obscur texte isolé sorti d'on ne sait où et "traduit" par un auto proclamé expert d'un language exotique.

Le terme originel des machines volantes était "Ratha". La forme des machines donna lieu à une imitation architecturale en l'honneur des dieux qui devient un incontournable des palais indiens et qu'on appelait Vimana. De là le terme Vimana commença à être utilisé indistinctement pour parler des machines et de leur image architecturale. Dans le Yantra Sarvasva, il est précisé qu'il existe trois types de Vimanas. Les premiers, permettant de se déplacer dans les airs sur de courtes distances, sont décrits comme étant « un char aérien pourvu de flancs de fer et vêtu d’ailes ». D'autres permettent des déplacements sur de longues distances et enfin une troisième catégorie permet de rejoindre les "villes dans le ciel". Ces derniers sont décrits comme étant des aéronefs circulaires (ou cylindriques) munis d’un double pont, de hublots et d’une coupole. Ils volent à la « vitesse du vent » et produisent un « son mélodieux » contrairement aux précédents qui font beaucoup de bruit à proximité.

Mais où de nombreux textes antiques d'autres pays se contentent de parler de "chars volants" ou donnent des descriptions assez abstraites comme dans la vision d'Ezechiel, les textes indiens fournissent une multitude de détails sur les Vimanas, leur forme, leur taille, leur aspect, le bruit qu'ils font ou bien encore les armes dont ils disposent... Les textes précisent aussi que si les Vimanas puissants sont réservés aux Dieux, les petits Vimanas sont souvent confiés a des personnalités locales comme le Roi ou le Grand Prêtre après qu'ils aient appris les 32 secrets nécessaires à l'utilisation d'un Vimana. Les textes vont jusqu'à préciser les thèmes de certains de ces secrets comme savoir quitter le sol ou y revenir, savoir se diriger, communiquer avec les Dieux depuis le Vimana car les Dieux doivent toujours être prévenu et donner leur accord avant qu'on puisse utiliser un Vimana (incroyable description d'une tour de controle non ?), savoir juger du bon état d'un Vimana avant de l'utiliser... C'est étrangement précis, concret et logique pour de la pure invention... Certains passages traitent même des effets néfastes possibles en cas de collision avec des oiseaux !

Plusieurs spécialistes indiens en aéronautique se sont penchés sur les textes et ont admis qu'ils ne trouvaient aucune anomalie dans les descriptions et qu'il leur semblait peu crédible de penser que les auteurs aient pu inventer un ensemble aussi cohérents de descriptions sans y introduire quelques anomalies flagrantes. Mais comme le rapelle le Dr. A. V. Krishna Murty de l'Institut Indien des Sciences de Bangalore, "Tout ceci me laisse à penser que nos ancêtres ont bien vu des machines volantes. Mais rien ne dit qu'il s'agit d'extra terrestre pour autant. Que pensent les habitants sauvages des iles quand ils voient passer dans leur ciel un jet de l'armée indienne ? L'hypothèse d'une ancienne civilisation terrestre avancée me semble une piste qui ne doit pas être négligée".

La Mahabharatra qui est incontestablement le plus important des textes antiques indiens décrit aussi très longuement une guerre entre les Dieux où les Vimanas ont la part belle. Ils disposent d'armes dont les descriptions trouvent étrangement un échos avec notre armement moderne. Jugez plutôt :

" Alors que le Vimana de son adversaire s'était rendu totalement invisible, Krishna utilisa une flèche qui tuait en cherchant le son. "

" Karna possédait des flèches magiques à gueule de serpent (Naga-astra) qui portaient un puissant élémental capable de diriger tout seul la flèche vers son ennemi. "

" Un énorme projectile flamboyant, brûlant d’un feu sans fumée, fut lancé. Une obscurité profonde enveloppa les troupes et les objets. Un vent terrible commença à souffler, d’épais nuages couleur de sang descendirent presque sur la terre, la nature semblait affolée et le soleil tournait sur lui-même. Les ennemis tombaient comme des arbustes détruits par les flammes, l’eau des fleuves devenait bouillonnante, et les êtres qui essayaient de s’y réfugier périssaient misérablement. Les forêts n’étaient plus qu’un seul flamboiement, et des milliers d’éléphants et de chevaux atrocement brûlés remplissaient l’air de barrissements et de hennissements, tandis qu’ils couraient affolés parmi les flammes. Après toute cette terrible confusion, une brise forte et fraîche dissipa la fumée et éclaircit l’horizon. Nous contemplâmes un spectacle terrifiant : sur le champ de bataille, brûlés par une arme épouvantable dont nous n’avions jamais entendu parler, des milliers de tués étaient réduits presque en cendres. Ce projectile puissant et terrible était dénommé « l’Arme d’Agneya ». Il ressemblait à un long fuseau pointu rangé dans un gros tronc creux. "

" Nous aperçûmes dans le ciel quelque chose qui ressemblait à un nuage écarlate, comme les flammes cruelles d’un feu ardent. De cette masse émergea un énorme vimana peint en noir qui lança de nombreux projectiles flamboyants : le bruit qu’il faisait en se rapprochant de la terre ressemblait à celui de mille tambours roulant tous ensemble. Le vimana se rapprochait du sol à une vitesse incroyable en lançant de nombreuses armes étincelantes comme l’or, des milliers de foudres accompagnées d’explosions violentes, et des centaines de roues de feu. Ce fut un tumulte affreux, pendant lequel on vit tomber les chevaux, les éléphants de guerre et des milliers de soldats tués par les explosions. L’armée en déroute fut poursuivie par le terrible vimana jusqu’à ce qu’elle fut anéantie. "

Je termine cette courte présentation en revenant à la Bible. Il est intéressant de constater que l'on retrouve, en plus détaillé dans les textes indiens, ce qu'on apprend au niveau de Sodome et Gomore, à savoir que l'eau est contaminée et donc que la destruction immédiate n'est pas tout, qu'il y a ensuite des effets néfastes persistants. On y apprend par exemple que les survivants ont les cheveux et les ongles qui tombent et que touts les fruits de la terre et les animaux sont contaminés et deviennent autant de poisons mortels... Quelles sont les chances qu'un auteur de science fiction de l'antiquité ait eu l'idée de renforcer la description des destructions terribles de ses armes imaginaires par des effets secondaires qui sont parfaitement raccords avec les effets secondaires des armes atomiques ? Comme le disait Aldous Huxley, "les faits ne cessent pas d'exister parceque vous décidez de les ignorer !".

Baba Yaga

- Publication du 13/03/2023 -

Venant d’Europe de l’Est, Baba Yaga est la sorcière russe la plus connue, une vieille femme unijambiste (Sa seconde jambe étant constituée uniquement d'os sans chair), qui habite au coeur de la forêt une Izba (une hutte) perchée sur des pattes de poulet qui n’a pas de porte ou de fenêtre. Chasseresse et cannibale, magicienne, prophétesse, gardienne du royaume des morts… les facettes de cette figure emblématique du conte russe sont nombreuses. Comme la plupart des génies de la nature, il s’agit d’un être à la fois bénéfique et maléfique, capable de ravir des enfants, de les faire rôtir et de les dévorer, mais aussi d’aider ses visiteurs à accomplir leur quête.

Baba Yaga pourrait bien être l’être le plus ancien du folklore russe. À tel point que les linguistes débattent encore des origines du nom. En russe, « baba » signifie « bonne femme ». Cependant, dans les langues indo-européennes, « baba » est un ancêtre. De nombreuses sculptures en pierre découvertes dans le sud de la Russie représentent une telle figure originelle. Il n’y a par contre pas de traduction claire de « yaga » en russe. Cependant, en sanskrit, « yaga » peut signifier « sacrifice ». Comme le soutient la chercheuse Olga Solianik : « Baba Yaga est un personnage très ancien, enraciné à l’époque du matriarcat, lorsque les gens adoraient une progénitrice et un totem féminins ». D'autres chercheurs comme Aleksandr Afanassiev relient plutôt Yaga au sanskrit Ahi qui signifie 'serpent' car dans plusieurs versions du mythe, Baba Yaga est la mère d'un fils-serpent.

Il devient alors fort probable qu’une des origines de Baba Yaga est la drakaina, un dragon femelle aux caractéristiques humaines. Ces entités ont des têtes et des torses de femmes, mais la partie basse de leurs corps est sous forme de serpent. Elles constituent une catégorie mythologique très importante au sein de l’imaginaire eurasiatique, surtout connue grâce à Mélusine, reine mi-femme mi-serpent, immortalisée à la fin du 14ème et au début du 15ème siècle, en prose par Jean d’Arras (La Noble Histoire de Lusignan), et en poésie par Couldrette (Roman de Mélusine). Pour certains savants, ces femmes-hybrides, originaires de la Déesse mère, manifestent un profond dualisme en tant qu’êtres bénéfiques-maléfiques, agresseurs-donateurs. Etrangement, le serpent possède une place réellement prépondérente dans une très grande majorité des mythes antiques et n'y voir qu'une coincidence semble assez réducteur.

On dit que Baba Yaga protège l’autre dimension des vivants. Mais pourquoi sa hutte a-t-elle des cuisses de poulet ? Comme le soutient l’historienne Alexandra Barkova, cela provient de l’ancienne coutume des enterrements hors sol. Les Mokchas, un groupe ethnique vivant en Russie centrale, sont connus pour avoir pratiqué l’enterrement de leurs chamans de cette façon. Les enterrements hors sol n’étaient pratiqués que dans les cas impliquant des individus vénérés : « Un enterrement hors sol ne permet pas à l’esprit de partir vers le pays des morts », écrit Barkova. En étant gardé au-dessus du sol, à la frontière entre les deux royaumes, un chaman ou une sorcière peut encore être vénéré et agir sur notre monde. Les « cuisses de poulet » sont donc en réalité les souches de bois sur lesquelles repose un cercueil. À l’intérieur, un cadavre est allongé, c’est pourquoi Baba Yaga a une jambe en os et pourquoi elle est allongée « avec le nez coincé dans le plafond » : elle est en fait allongée dans un cercueil en bois (Ce qui explique que sa hutte n'a ni porte ni fenêtre...). Il y a donc de très fortes chances que Baba Yaga remonte à l’époque des chamans et des sorcières adorés par les anciens peuples slaves et pré-slaves.

Le secret de la popularité actuelle de Baba Yaga peut être attribué, en particulier, à son caractère obscur et c'est vrai qu'elle apparaît dans différents dessins animés et films russes. Il faut savoir aussi que presque chaque enfant russe connaît le nom Baba Yaga, car elle fait office de père Fouetard, le grand méchant qui va venir punir l'enfant qui n'est pas sage. Mais au delà de son nom, les russes modernes ne savent que bien peu de choses sur son lien avec le monde souterrain ou sur ses origines possiblement liées à une ancienne divinité féminine.

Enfer - Partie 1

- Publication du 10/07/2022 -

L'enfer n'a pas d'acte de naissance. D'une certaine façon, il est vieux comme le monde ou, plutôt, vieux comme le mal. Car c'est après avoir longuement fait l'expérience de ce dernier, que l'homme peu à peu imagine ou découvre -comme l'on voudra- que la faute morale doit être suivie d'une punition.

Dans son acception moderne la plus générale, l'enfer est une situation de souffrance subie par un être comme conséquence d'un mal moral dont il s'est rendu coupable. Cette punition diffère des peines prescrites par la justice humaine : elle est infligée par des puissances surnaturelles ou résulte du destin vengeur. Le plus souvent, ces tourments touchent l'être au-delà de la mort, leur durée, toujours considérable, étant parfois éternelle.

Les premiers enfers

Mais les premières notions d'enfers, qui nous soient parvenues étaient dénuées de toute idée de châtiment. Les premiers enfers étaient de simples séjours des morts, de tous les morts, sans distinction. Les formes en étaient diverses, mais l'atmosphère toujours inquiétante. Car, instinctivement, l'homme a toujours craint l'au-delà : ce qu'il imagina dans un premier temps, ce sont bien des enfers, et non un paradis.

Mésopotamie

C'est le Moyen-Orient qui nous offre les premiers voyages connus aux enfers, environ deux mille ans avant notre ère. A la mort d'Enkidou, ami et serviteur de Gilgamesh, le héros fait creuser un trou dans la terre pour que l'esprit d'Enkidou puisse remonter et lui demande de raconter ce qu'il a vu au delà de la mort. Dialogue poignant, de caractère archaïque et dépouillé, où l'on sent Enkidou réticent… Manifestement, ce qu'il a vu n'est guère réjouissant.

La vie aux enfers mésopotamiens n'est que la continuation de la vie terrestre. Aucune compensation n'est prévue, et ce sont toujours les mêmes qui souffrent et tout le monde erre dans l'obscurité et dans la poussière. Notons l'absence de démons tourmenteurs. Les enfers ont bien des gardiens, qui veillent à ce que personne ne s'échappe, mais point n'est besoin d'inventer des supplices car les « damnés », rongés par leur ressentiment et se déchirant les uns les autres, sont leurs propres bourreaux.

Dans le monde mésopotamien, Mal et souffrance sont associés mais tout se joue sur terre. La Babylonie présente un niveau d'exigence morale élevé, à l'image des codes judiciaires élaborés dans les premiers siècles du IIe millénaire, dont le célèbre code d'Hammourabi. Ce texte prévoit pour chaque délit une peine précise, sévère et proportionnelle à l'importance de la faute. Mais les Dieux veillent aussi et peuvent punir les coupables par des malheurs divers : accidents, maladies, pauvreté, stérilité. C'est une justice immanente, dont les effets se font sentir jusque dans l'au-delà, puisque les malheurs de cette vie se prolongent après la mort. Tout se décide donc sur terre et c'est là la leçon essentielle. L'enfer commence en quelque sorte dans cette vie.

Sheol des anciens hébreux

Pendant des siècles, les Hébreux n'ont qu'une conception très vague de l'au-delà, qui se réduit à une existence fantomatique des « âmes » dans un lieu obscur, le Shéol. L'obscurité complète, le silence absolu, la boue, la poussière, les vers et la vermine règnent dans cette demeure. L'idée d'un enfer où se régleraient les comptes de cette vie apparaîtra beaucoup plus tard, à l'époque hellénistique, probablement sous des influences perses.

Pour les hébreux encore plus que pour les mésopotamiens, si le méchant est puni, c'est dans cette vie par une justice immanente qui lui apporte des calamités terrestres. Cet enfer terrestre prend quatre formes essentielles : l'occupation étrangère ou la déportation, la peste, la famine et les bêtes féroces. Pendant des siècles, la combinaison de la justice divine immanente et des tribunaux humains semble avoir satisfait les Hébreux, qui n'ont pas projeté un système compensatoire dans l'au-delà.

Inde védique, Monde étrusque, Hel Germain, Afrique Noire, Amérique Précolombienne

Cette vision d'un enfer souterrain pour tous, sans supplices, où les ombres des défunts errent sans but véritable se retrouve dans toutes les autres civilisations antiques. Il y a de légères différences, souvent climatique (le Hel germain est froid et brumeux), parfois surprenante (Pour de nombreuses peuplades africaine, le monde des morts ressemble à celui des vivants mais tout est inversén le gauche et la droite, le jour et la nuit...). Ce n'est que tardivement qu'apparait ce qui ressemble à un système de récompense/punition comme l'accès au Walhalla des nordiques.

La Grèce antique

Les textes deviennent plus bavards sur l'au-delà infernal dans la Grèce archaïque avec des poètes comme Hésiode et surtout Homère qui décrivent le système infernal. Une importante nouveauté est à noter : Il y a dans l'Hadès deux juges, Rhadamanthe, le héros crétois, renommé pour sa sagesse et pour sa justice, et son frère Minos. Mais que jugent-ils exactement? Nous ne les voyons pas à l'œuvre et rien n'indique qu'ils réservent des châtiments aux méchants. Autre nouveauté, il existe des supplices dans les enfers grecs. Mais il ne s'agit nullement de punitions infligées en raison d'entorses à la morale. C'est Zeus qui règle ses comptes : le roi thessalien Ixion est attaché à une roue enflammée qui tourne sans cesse, pour avoir voulu s'unir à Héra; Tityos a le foie éternellement dévoré par deux vautours pour le même type d'offense; Ascalaphos est écrasé sous un bloc; Sisyphe roule sa pierre; Tantale essaie en vain de boire et de manger; les Danaïdes s'acharnent à remplir leur vase percé. Tous apparaissent comme les prototypes ou des allégories de certains vices - la débauche sexuelle, la jouissance insatiable, la tromperie, l'orgueil spirituel - et il s'agirait alors des véritables premiers exemples de damnation.

Dernière nouveauté de l'enfer Grec sur les autres, il existe deux niveaux bien distinct. Sous l'Hadès en effet se trouve le Tartare, lieu profond, prison des Titans, dont on ne revient pas. Zeus menace d'y envoyer les immortels qui lui désobéiraient : « Le dieu que je verrai, se séparant des autres volontairement, aller secourir les Troyens ou les Danaens, frappé sans égards, reviendra sur l'Olympe; ou bien je le saisirai, je le jetterai dans le Tartare brumeux, très loin, au plus profond de l'abîme souterrain, là où sont des portes de fer et un seuil de bronze aussi bas au-dessus d'Hadès que le ciel est loin de la Terre. » La distinction Hadès-Tartare indique déjà le début d'une différenciation entre les réprouvés. On la retrouvera dans le christianisme, entre l'enfer supérieur, d'où dérivera le purgatoire, et l'enfer inférieur, résidence de Satan.

Enfer - Partie 2 - Enfer et Damnation

- Publication du 12/07/2022 -

Alors que les premiers enfers étaient un endroit pour tous les morts, il va apparaitre à un moment la notion de damnation pour les "méchants"...

Enfer et Damnation

L'Enfer Egyptien

Aussi loin que nous puissions remonter, les Égyptiens ont cru à la survie des morts dans un monde semblable au nôtre, où tous mènent le même genre d'existence, de manière atténuée, toutefois, et susceptible de dégradation progressive. A l'entrée dans la mort, après un voyage complexe à travers montagnes et marais, lacs de feu et murailles, dont la carte est parfois représentée sur le sarcophage, le défunt subit l'épreuve capitale du jugement. La scène, maintes fois représentée, est bien connue : Anubis procède à la pesée du coeur, dont le résultat est enregistré par Thot, puis le défunt comparaît devant le tribunal d'Osiris, assisté de quarante-deux juges, un pour chaque région administrative.

Il y a bien ici une notion de justice divine. Les êtres qui se sont mal préparés à cette épreuve parce que trop soumis à l'emprise du mal sont voués à la seconde mort. Seule, une dislocation complète de la personne, obtenue par des tortures où prédomine l'idée de déchirement, de dispersion, permet de l'atteindre. Tortures variées et atroces mais non gratuites, et qui ont pour but de réduire le mauvais au néant.

Les « damnés », que les Égyptiens appellent les « morts », par opposition aux « transfigurés », sont entassés dans des espaces obscurs et restreints; ils sont nus, boivent leur urine et mangent leurs excréments; la puanteur est insupportable; plaintes et gémissements sont les seuls bruits de cette atroce prison où tout se déroule à l'envers. Ce processus de déshumanisation peut être remplacé ou suivi par un dépeçage actif : la décapitation est fréquente, ailleurs, des épées enflammées découpent les corps attachés à des poteaux de torture ou enfermés dans des cages; chaque élément de la personnalité est détruit séparément : le ba, élément spirituel comparable à l'âme, le cœur, l'ombre elle-même sont déchirés, piétinés et surtout anéantis par le feu : bouillis dans des chaudrons, jetés dans des étangs de feu, sur des charbons ardents, brûlés par des serpents cracheurs de flammes, et ainsi de suite. Cette imagerie infernale influencera fortement les conceptions juive, chrétienne et grecque.

Ceci dit, il est important de noter que l'enfer égyptien vise à la destruction des méchants, non à leur souffrance perpétuelle. Peu importe le détail de leurs fautes; ce qui compte, c'est qu'ils ont favorisé les forces de désordre et mis en danger le Maat, l'ordre social et cosmique. C'est donc un passage limité dans le temps avant de rejoindre le néant.

L'Enfer Perse

C'est également un enfer temporaire qui apparaît en Iran vers la fin du Ier millénaire avant notre ère. Des textes évoquent un interrogatoire à l'issue duquel une jeune fille accompagnée de deux chiens conduit l'âme à un pont; au-delà se trouve le mur du monde céleste, où règne Ahura Mazda. L'âme juste traverse sans soucis, l'âme pécheresse tombe la tête la première, du plus haut du pont, dans les enfers, et subit tous les maux possibles. Cette idée encore vague des châtiments est précisée par les écrits de Zoroastre ou Zarathoustra.

Sa doctrine, le mazdéisme, est contenue dans les textes de l'Avesta. Le mazdéisme repose sur un dualisme fondamental, tenant compte du mélange de bon et de mauvais que chacun peut constater dans l'existence : Ahura Mazda, le dieu bon, a créé tout ce qui est bien, tandis qu'Angra Mainyu, le dieu mauvais, a créé tout ce qui est mal. Les hommes, comme le monde entier, se partagent entre ces deux entités et leur sort futur dépend des choix qu'ils auront faits ici-bas.

A la mort, l'âme est séparée du corps; spirituelle, elle n'en est pas moins capable de sentir, de souffrir, de jouir, de se déplacer spatialement, ce qui laisse supposer qu'il s'agit d'une espèce de corps subtil. Pendant trois jours, elle reste près du cadavre, dans l'attente du jugement, qui a lieu le quatrième jour. A l'aube du quatrième, elle se met en route, escortée par des démons et des bons esprits, puis elle comparaît devant les trois juges, Mihr, Rashu et Srôsh, qui pèsent ses actions sur une balance d'or; ensuite, elle doit franchir le « pont du rétributeur », qui enjambe les enfers. On imagine la suite : l'âme mauvaise, bousculée par des démons, prise de vertige - car le pont se rétrécit, il n'existe pas de parapet et la hauteur est considérable -, tombe en enfer. Là, un sort redoutable l'attend : « Longue durée de ténèbres, mauvaise nourriture, cris de détresse, telle sera la vie que vos propres actions ennemies de la foi, vous auront value». Mais tout cela aura une fin. Les souffrances infernales du mazdéisme ont valeur de purification : cet enfer est en réalité un purgatoire. Les damnés prennent conscience peu à peu de leurs fautes et s'en repentent, attendant le jour de la résurrection.

L'Enfer Hindou

A la même époque une troisième variante de l'enfer provisoire apparaît dans la religion hindouiste. L'hindouisme met en avant depuis très longtemps la notion de réincarnation. Mais à cette époque apparait une étrange question : La réincarnation n'est-elle pas un processus infernal ? L'idéal est en effet d'atteindre le nirvana, de rejoindre les dieux en renonçant au désir de vivre sur Terre. L'individu, dont les composantes sont maintenues ensemble par l'action, se dissout peu à peu dans l'inaction et complètement à sa mort, qui est pour lui délivrance. Mais ceux qui cèdent à l'illusion qu'on puisse acquérir davantage de bonheur par l'action, maintiennent leur individualité et se condamnent, par leur désir de vivre, à la réincarnation. Or cette vie n'est que déception et souffrance, elle est un véritable enfer terrestre auquel nous nous condamnons nous-mêmes. Cet enfer terrestre vient en plus d'un enfer plus "classique". En effet celui qui a fait le Mal va entre deux réincarnation gagner un séjour au Naraka. Ce lieu, d'une extraordinaire complexité, possède un type de supplice pour chaque faute, selon sa gravité: certains textes parlent de plusieurs dizaines de millions d'enfers particuliers, de plus en plus profonds et de plus en plus terribles. Les Pourâna distinguent ainsi sept enfers principaux, chacun étant doté d'enfers secondaires. Cependant, le séjour en enfer est provisoire, même pour les plus méchants. Si la durée des souffrances varie selon l'intensité des fautes, une fois l'épuration terminée, il faut retourner sur terre et reprendre le cycle des réincarnations.

Evolution de l'Hades, l'Enfer Grec

En Grèce, les courants philosophiques de l'époque classique contestent fortement la vieille conception de l'Hadès homérique. Dépassant l'imagerie populaire, les philosophes cherchent à situer le problème du mal et de son éventuelle rétribution.

Platon

D'un côté Platon, Père des enfers philosophiques, est persuadé que la mort est suivie d'un jugement. Cette idée, nous la trouvons affirmée dans les trois oeuvres où il parle de l'enfer, le Phédon, le Gorgias et la République. Platon affirme que le jugement peut connaitre trois conclusions :
- le commun des mortels sera conduit à l'Archéron. Là ils seront jugés et devront payer pour les fautes commises de leur vivant, plus ou moins longtemps, plus ou moins douloureusement selon la faute pour être purifié et pardonné.
- Ceux qui ont gravement fautés seront jetté au Tartare. L'Enfer est ici particulièrement violent et la souffrance importante (Mais Platon se garde bien de donner des exemples concret, c'est l'idée qui lui importe). Platon fait aussi une distinction d'importance, prémice au purgatoire. Si les fautes sont graves mais que la personne est jugée sauvable, elle finira par ressortir du Tartare après un certain temps alors que pour les cas jugés incurable, vu la grandeur de leurs fautes, ça sera un enfoncement dans les profondeur du Tartare ou la douleur le cède à l'anéantissement et à l'oubli. Pour Platon la punition doit avoir pour unique objectif de faire progresser soit la personne punie elle même si elle est jugée sauvable, soit les autres en servant d’exemple de ce qui arrive si on commet des fautes par trop terribles.

Virgile

Virgile quand à lui a beaucoup contribué à fixer les images de l'enfer populaire, puisque Dante le prend comme guide dans sa grande visite des lieux infernaux. L'Énéide est en effet le premier grand manuel touristique de l'enfer. Virgile nous indique d'abord l'une des entrées des enfers : le marais de l'Achéron, près de Cannes, en Campanie, aujourd'hui appelé le lac Fusaro, qui serait un des lieux par où reflue le fleuve infernal. L'entrée se présente sous la forme d'une caverne entourée d'eaux noires, d'où sortent des exhalaisons nauséabondes. Énée et la Sibylle s'y engouffrent, puis la descente commence, dans le noir.

Dans le vestibule résident de lugubres personnages : le deuil, le remords, la maladie, la vieillesse, la peur, la faim, la pauvreté, la guerre, la souffrance, la mort, la prison, la discorde. Allégories fort significatives : par l'intermédiaire de ces maux, l'enfer a des prolongements sur terre; l'idée d'un enfer commençant dès la vie présente naît ainsi dans ces images. Nous voici arrivés dans un des hauts lieux de l'Hadès : les bords de l'Achéron, roulant ses flots boueux, qu'il faut franchir sur la barque de Charon. Le vieillard en haillons est l'archétype des futures représentations de la mort. La foule des âmes se presse pour monter dans sa barque, mais il ne prend que ceux qui, sur terre, ont reçu une sépulture. Les autres, les noyés en particulier, doivent errer dans ce lieu pendant cent ans avant de pouvoir traverser. Cette hantise de périr en mer ou de ne pouvoir être enterré sera pendant des siècles une des plus vives de la mentalité occidentale.

Le fleuve traversé, on se trouve sur l'autre rive face à face avec Cerbère, le chien féroce gardien des enfers, monstre à trois têtes d'après Virgile. Commence alors la visite des différentes demeures, dans lesquelles sont assignées les âmes par le jugement du tribunal de Minos, assisté, suivant l'usage romain, de jurés tirés au sort. Une première catégorie se présente, qui a toujours posé problème aux bâtisseurs d'enfers : les enfants morts en bas âge, avant d'avoir pu commettre le moindre mal. Que faire de ces innocents? Virgile ne fournit aucune solution : il constate qu'ils sont là et qu'ils pleurent, puis il passe son chemin. Il place d'ailleurs en leur compagnie d'autres cas encombrants et douteux, comme celui des condamnés à mort par erreur et celui des suicidés qui ont mené une vie juste.

Il arrive ensuite aux champs des Pleurs : « Là, ceux qu'un dur amour a dévorés d'une consomption cruelle trouvent, à l'écart, des sentiers qui les cachent et une forêt de myrtes qui les abritent : leurs tourments ne les abandonnent pas, même dans la mort. » Les peines d'enfer peuvent donc être simplement la continuation des souffrances terrestres, comme chez les Sumériens, et cela sans aucune implication morale. Près de là se trouvent d'ailleurs les guerriers illustres tués au combat, qui, apparemment, n'ont pas autre chose à faire que ressasser leur infortune et maugréer contre les coups qui les ont abattus. Jusque-là, l'enfer n'est pas un lieu de tourment; la condition de ces défunts ressemble un peu à celle des morts que nous avons rencontrés dans les premiers enfers, les enfers pour tous, menant une vie affaiblie, comme des joueurs mis hors jeu et vivant de leurs souvenirs. Ce sont tous les malchanceux de l'existence, aigris par leurs déboires, envieux du bonheur des autres, pleurant sur leurs malheurs, abandonnés à leurs tristes pensées. Les dieux n'ont pas de pitié pour les esprits chagrins, semble-t-il.

Mais les choses sérieuses commencent. Énée et la Sibylle arrivent à la grande bifurcation : d'un côté, le chemin de l'Elysée, pour les âmes bienheureuses; de l'autre, la route des supplices, menant au Tartare, pour les méchants. Là se dresse une colossale forteresse en fer, avec une énorme porte et des colonnes d'acier massif, une triple enceinte, entourée par un fleuve de flammes, le Pyriphlégéthon. A l'entrée, Tisiphone, une des Furies, mène la garde jour et nuit. Des bruits de coups, de chaînes, des hurlements et des lamentations montent de l'antre abominable. Aucun homme pur ne peut entrer. Énée devra donc se contenter des explications de la Sibylle, qui lui révèle le contenu du cauchemar : « Le Cnossien Rhadamanthe exerce en ces lieux son très dur pouvoir; il met les fourbes à la torture et à la question, et les contraint d'avouer les forfaits qu'ils se flattaient en vain d'avoir cachés chez les gens d'en haut, et dont ils différaient l'expiation jusqu'à l'heure tardive de la mort. Tout de suite, armée d'un fouet, la vengeresse Tisiphone, sautant sur les coupables, les flagelle, et, de sa main gauche, brandissant vers eux ses reptiles torves, appelle la troupe farouche de ses sœurs [...]. Au-dedans, plus farouche encore se tient une hydre monstrueuse aux cinquante gueules noires et béantes. Puis le Tartare lui-même s'ouvre en profondeur et s'étend sous l'empire des ombres deux fois autant que le regard mesure d'espace dans le ciel d'Olympe éthéré. »

Quoi qu'il en soit, l'enfer de Virgile est lui aussi provisoire. Quand les âmes ont été purifiées, débarrassées de toutes leurs iniquités, elles font un séjour dans l'Elysée, puis, mille ans plus tard, après avoir bu l'oubli dans le fleuve Léthé, elles sont réincarnées dans un autre corps. La punition par une éternité de souffrance reste donc à inventer, ça sera bientôt chose faite...

Enfer - Partie 3 - L'Enfer Judeo-Chrétien

- Publication du 15/07/2022 -

En l'absence de jugement après la mort, la justice ne peut être qu'immanente : le méchant meurt prématurément ; il est atteint de maladies, de souffrances diverses, il est ruiné ou laissé sans postérité. Cette idée ancienne, contredite quotidiennement par les faits, ne pouvait se maintenir indéfiniment. Les cinq premiers siècles avant notre ère voient s'affirmer partout l'idée d'un enfer comme lieu de punition dans l'au-delà, dans un but de purification des âmes mauvaises et de rétablissement de la justice divine si souvent bafouée sur terre. Cette croyance, déjà ancienne chez les Égyptiens, les Perses, les Indiens, triomphe peu à peu de l'idée d'un enfer indifférencié, lieu de repos pour tous. Le monde hébraïque n'échappa pas à cette évolution.

Le livre de Daniel accomplit une avancée décisive vers l'idée d'un jugement et d'une rétribution dans l'au-delà chez les hébreux. Ce livre, que l'exégèse situe aux environs de 160 av. J.-C., serait contemporain de la grande persécution exercée par le roi séleucide Antiochus IV (175-164), qui interdit le culte juif, dépose le grand prêtre et tente d'helléniser de force la Palestine. Une révolte s'ensuit, au cours de laquelle s'illustre la famille des Maccabées, provoquant le lot habituel des destructions, tueries, actes d'héroïsme et de trahison. Le choc, particulièrement violent, stimule la réflexion philosophique et religieuse en Israël. Alors que tombent pêle-mêle les martyrs et les traîtres, comment peut-on encore soutenir l'idée d'une justice immanente? Si Dieu est juste, ce dont Israël ne doute pas, il doit exister des rétributions dans l'au-delà pour compenser les grossières injustices de ce monde.

A l'orée de notre ère, les textes prouvent que les Hébreux restent profondément divisés au sujet de l'enfer et on peut distinguer trois courants parmi eux. Les sadducéens, qui appartiennent aux milieux aristocratiques et sacerdotaux, croient que la mort est totale; il n'y a ni survie, ni résurrection, ni enfer. Ils s'en tiennent aux textes de la Loi, interprétée littéralement. Les pharisiens, qui correspondent aux catégories moyennes de la population, sont favorables à l'adoption des traditions orales, permettant plus de souplesse dans l'interprétation des textes. Ils croient à la résurrection, au jugement et à une punition dans l'au-delà. Poue eux les âmes sont immortelles, elles sont jugées dans un autre monde, et récompensées ou punies selon qu'elles ont été en celui-ci vertueuses ou vicieuses ce qui fait que certaines aient à souffrir de tourments. Enfin les esséniens vivent une vie quasi monastique, prennent des repas rituels ensemble, jurent d'être justes et de détester le mal, mettent tout en commun et évitent le commerce de l'argent. Dans leur théologie, l'esprit du mal, Bélial, joue un rôle important car partout, dans le monde et en l'homme, s'opposent bien et mal, lumière et ténèbres, vérité et mensonge, vie et mort. Ils se considèrent comme le vrai peuple de Dieu et se concentrent beaucoup plus sur ce qu'il convient de faire sur terre que sur ce qui se passe ensuite si on ne le fait pas. C'est eux qui font fonder les premières doctrines chrétiennes.

La première doctrine chrétienne, chronologiquement, est contenue dans les Épîtres de Paul, 20 ans avant les premiers évangiles. Et Saint Paul, premier théologien de l'Église, se montre on ne peut plus discret au sujet de l'enfer. Cette extrême discrétion chez un homme qui a fréquenté les apôtres, qui a longuement discuté avec eux de l'enseignement du Christ et de ses implications, montre que cette croyance en l'enfer était très marginale chez le fondateur du christianisme, reflétant les incertitudes de son temps à ce sujet.

Pierre, premier chef de l'Église, compagnon de Jésus, dont il est le successeur désigné, en dit-il plus ? Pas un mot, pas une allusion dans sa première épître, datée de 64, qui évoque pourtant largement l'au-delà. Les Actes des apôtres, rédigé vers 80, qui contiennent plusieurs professions de foi et exposés doctrinaux aptes à nous éclairer sur les croyances originelles n'évoque pas une seule fois un enfer lieu de souffrances pour les méchants après cette vie.

Les Évangiles comblent cette lacune bien que l'exactitude littérale des paroles attribuées au Christ ne puisse nullement être prouvée. On note de plus un remarquable glissement de vocabulaire : l'enfer est presque toujours désigné sous le terme de Géhenne, c'est-à-dire d'un lieu réel et concret. Il s'agit, à l'extérieur de Jérusalem, du « Gî-Hinnom », où val du Gémissement, lieu maudit pour les juifs orthodoxes, où brûlaient en permanence les offrandes à Baal Melek, ou Moloch, divinité d'un ancien culte cananéen. Des sacrifices humains y avaient eu lieu. L'endroit devient par la suite une décharge. En tout cas, offrandes ou ordures, rongées par les vers, y brûlaient jour et nuit, et ce lieu sinistre représentait l'image parfaite de l'abomination permanente : «Si ton œil entraîne ta chute, arrache-le; il vaut mieux que tu entres borgne dans le royaume de Dieu que d'être jeté avec tes deux yeux dans la Géhenne, ou le ver ne meurt pas et où le feu ne s'éteint pas » (Marc, 9, 47-48).

Judas lui-même, auteur du péché par excellence, n'est par aucun texte voué à la damnation. Jean l'appelle « fils de perdition », autre expression toute faite du genre apocalyptique, qu'il utilise à plusieurs reprises. D'après Matthieu, Judas va se pendre; d'après les Actes, il meurt d'une chute. Quant à son destin dans l'au-delà, l'Écriture n'en dit rien ! L'enfer est donc, au pis, un détail dans l'enseignement de Jésus.

Les premiers écrits qui développent complaisamment le thème de l'enfer sont des écrits extracanoniques, des apocryphes ou des textes apocalyptiques, reflétant des croyances ou superstitions populaires. Les maigres allusions bibliques ne satisfont pas la curiosité des fidèles, qui veut des détails, du pittoresque : on va donc les inventer. Le succès de ces légendes leur conférera un tel prestige qu'elles seront incorporées dans le corps de doctrine officiel.

Chez les juifs, dès le début du Ier siècle avant notre ère, le livre d'Hénoch, dont il ne subsiste que quelques fragments éthiopiens, décrit avec précision les lieux infernaux. Le patriarche Hénoch est emporté dans l'au-delà par des anges; il franchit un fleuve de feu et des montagnes de ténèbres; l'enfer semble se situer à l'ouest, dans une grande montagne, et l'entrée en est un gouffre, près des colonnes de feu du ciel. Les tortures n'ont pas encore commencé, bien que tout soit prêt dans une étroite et lugubre vallée. Les morts sont déjà répartis en quatre catégories : les martyrs et les justes, qui seront récompensés; les pécheurs qui ont subi des malheurs ici-bas et seront condamnés à des peines moyennes; enfin les pécheurs qui ont vécu heureux et subiront des châtiments beaucoup plus sévères.

L'idée de l'enfer ne finit par s'imposer dans le monde juif qu'aux Ier et IIe siècles de notre ère, en particulier à la suite des deux catastrophes politico-militaires, en 70 et 135. La conception d'un Dieu juste ne peut décidément s'accorder avec la répétition des désastres qui frappent ses fidèles, si rien n'est prévu pour redresser les torts dans l'au-delà. Toutefois, cet enfer ne semble pas éternel. Tous doivent le traverser pour parvenir au jardin d'Éden. Le passage dure plus ou moins longtemps suivant les péchés commis, entre sept semaines et douze mois, et cet enfer purificateur est même ponctué de pauses quotidiennes pour la prière et le repentir et d'un repos sabbatique chaque semaine.

Les chrétiens vont eux aussi beaucoup se questionner sur l’Enfer, se questionner et écrire de nombreux texte. Le plus détaillé à l’époque est l'Apocalypse de Pierre. Rédigé entre 125 et 150, sans doute dans la communauté chrétienne d'Alexandrie, par un juif converti, ce texte donne la première description précise des peines de l'enfer, nettement influencée par le mazdéisme, le pythagorisme orphique et la judaïsme ainsi qu'un début de classement des peines d'après les types de péchés.

L'Apocalypse de Pierre est le premier d'une longue, très longue série de descriptions des tortures infernales. Elle donne le ton : ce sera désormais à qui surpassera les autres dans l'atrocité des détails. Les usuriers sont noyés dans un lac de pus et de sang en ébullition, les faux témoins ont un feu dans la bouche et se mordent la langue. Chacun reçoit un châtiment approprié et l'on constate déjà la présence en enfer des enfants non baptisés, qui souffrent comme les autres. On peut aussi mesurer l'énorme fossé qui sépare les textes évangéliques, d'une extrême discrétion sur le sujet, et ces premières visions populaires où se déploie un évident sadisme.

L'enfer au moyen age

La croyance en un enfer futur pour les méchants de cette vie s'est généralisée au début du IIIe siècle. L'esprit fécond des fidèles a inventé une multitude de supplices sans aucun souci de cohérence. Monde de l'arbitraire le plus total, échappant aux lois naturelles, cet enfer peuplé des fantasmes les plus extravagants apparaît comme un exutoire pour le petit peuple humilié qui peut se déchaîner librement contre les méchants.

Les invraisemblances de l'enfer populaire chrétien attirent les sarcasmes des intellectuels païens. Il faut donc organiser et rationaliser les croyances, défendre la foi avec des arguments crédibles. Les problèmes rationnels posés par la conception populaire de l'enfer sont multiples : qui va en enfer? Quand commencent les souffrances ? Sont-elles éternelles? Comment l'âme peut-elle souffrir de supplices matériels comme le feu? Pourquoi le corps n'est-il pas détruit par le feu? A partir des années 250 une série de penseurs chrétiens de haut niveau, qui maîtrisent aussi la culture païenne, les Pères de l'Église, vont apporter des réponses diverses, parfois hésitantes, tandis que la doctrine officielle se dégagera très lentement.

Un groupe important de théologiens se distingue tout d'abord par la négation de l'éternité infernale. L'enfer, affirment-ils, serait contraire à la bonté et à la justice divines. Comment un Dieu d'amour infini pourrait-il livrer ses propres créatures à des supplices sans fin? Le feu devient dès lors métaphorique. Lorsque l’Écriture parle du feu de l'enfer, elle désigne par là les remords des damnés. Mais avec la chute de l'Empire Romain d'Occident c'est la tendance stricte d'un Enfer éternel qui va prendre le dessus. Pourquoi ? Les sujets étant à l'image de leurs souverains, il importe de garder en mémoire l'extrême violence des mœurs de l'ère mérovingienne (ou les dirigeants font brûler vif, crèvent les yeux ou abusent de toute personne qui a le mauvais ton de leur déplaire - ou de leur plaire -) pour comprendre la « barbarisation » de l'enfer à laquelle on assiste du VIe au Xe siècle. La pastorale durcit le trait afin de présenter un enfer qui, pour rester crédible, se doit d'être pire que le spectacle des brutalités quotidiennes.

Certains moines et évêques du haut Moyen Age commencent alors à découvrir l'arme extraordinaire que pourrait constituer la peur de l'enfer. Si la peur est un instrument de pastorale auprès du peuple, ne pourrait-elle devenir un instrument politique auprès des grands ? Le clergé, par l'excommunication et le sacrement de pénitence, détient les clés du paradis et de l'enfer. Qu'il refuse l'absolution ou la réconciliation d'un excommunié, c'est la damnation. Et, rétrospectivement, qu'il place tel ou tel souverain en enfer ou qu'il le canonise, c'est une ligne politique qui est condamnée ou béatifiée. Une arme délicate à manier car des abus trop fréquents déconsidéreraient l'Église. Le pape Grégoire le Grand sera l'un des premiers à utiliser le procédé.

A partir du XIe et surtout du XIIe siècle, l'enfer, qui jusque-là était encore tiraillé entre le folklore et les spéculations théologiques, s'intègre parfaitement dans la culture. Assimilé aussi bien par les élites que par la masse du peuple chrétien, il entre dans les structures mentales collectives et individuelles, comme une composante dont on ne saurait se passer. Il se banalise. Son existence va de soi, ses peines sont répertoriées, classées; le dogme l'absorbe; les sermons l'utilisent ; la littérature profane en parle.

L'Enfer de Dante

Quel qu'ait été le succès des visions précédentes, aucune d'entre elles n'atteint l'ampleur de celle de Dante à la fin du XIIIe siècle. L'œuvre de Dante est à la jonction entre l'enfer populaire et l'enfer intellectuel et théologique (Dante a particulièrement étudié les écrits de Saint Thomas d'Aquin). Au premier, elle emprunte ses images, au second, sa rigueur logique. Cette alliance du concret et de la clarté rationnelle est la principale raison de son succès. Les enfers visités jusque-là étaient de véritables chaos, à la topographie des plus confuses, véritables paysages de rêves, peuplés de vallées, fleuves et lacs sans aucun lien les uns avec les autres. Les peines étaient différentes suivant les fautes mais n'avaient guère de rapport logique avec la nature des péchés commis. Dante organise, classe, structure, ordonne : son enfer est géométrique, formé de cercles concentriques; il a une entrée, un vestibule, des enceintes, des salles, une sortie, des passages balisés et gardés ; suivant les lieux, on voyage à pied, en barque, à dos de centaure, dans les mains d'un géant; lacs, fleuves et marais s'ordonnent de façon logique; les notations de temps sont précises.

Les trois lieux de l'au-delà sont chez Dante nettement séparés. Cet acquis est définitif : le purgatoire a obtenu son autonomie, au niveau des visions comme à celui du dogme. La cassure est évidemment capitale ; elle prive l'enfer d'une clientèle fort nombreuse, celle des « pas entièrement mauvais » et des « pas entièrement bons ». L'enfer ne concerne que les condamnés à perpétuité; la question de l'éternité est résolue, dans le sens de l'affirmative : « Vous qui entrez, laissez toute espérance », est-il écrit sur la porte infernale.

Enfer - Partie 4 - L'Enfer dans le monde moderne

- Publication du 20/07/2022 -

Le problème Indien

La première moitié du XVIIe siècle marque un tournant dans la civilisation occidentale. Le Moyen Age, qui s'était prolongé dans les exubérances, les espoirs et les excès de la Renaissance, cède la place à une mentalité nouvelle. La science et la raison, l'ordre et l'équilibre, la technique et l'économie deviennent des valeurs essentielles. La foi, restructurée par les deux réformes, la protestante et la catholique, stimulée par la concurrence, se ressaisit.

« Il ne faut s'occuper que des objets dont notre esprit paraît pouvoir atteindre une connaissance certaine et indubitable », affirme Descartes en 1628. Le Discours de la méthode est la Bible du nouvel âge et les autorités religieuses en adoptent l'esprit. Il est temps que tous ces diables qui courent les rues, ces possédés, sorciers et sorcières manipulant des forces infernales rentrent chez eux. En quelques années, à partir de 1640 environ, les miracles, cas de possession, prodiges et faits surnaturels disparaissent peu à peu.

En 1492, Christophe Colomb découvrait l'Amérique. On s'aperçut peu à peu que cette terre était un nouveau continent, isolé par deux immenses océans. Or vivaient là des millions d'Indiens dont les ancêtres n'avaient jamais entendu parler du "vrai Dieu". La population de l'enfer augmentait brutalement de plusieurs centaines de millions de damnés. La découverte de l'Amérique constitua un véritable traumatisme théologique. Était-il possible que tant d'hommes fussent damnés? Mais les Indiens étaient-ils des hommes? Certains en doutèrent, jusqu'au moment où Paul III répondit par l'affirmative dans sa bulle Sublimis Deus de 1537. Dans ce cas, tous leurs ancêtres ne pouvaient qu'être en enfer puisque non baptisés.

Très vite certains tentent de trouver un juste milieu. C'est ce que suggère l'abbé Trithème au début du XVIe siècle en réponse à une question de l'empereur Maximilien : "Parmi ceux qui n'ont jamais entendu parler du Christ, s'il en est qui aient vécu selon la loi naturelle sans péché jusqu'à la mort, je ne pense pas qu'ils aient donné lieu de croire qu'ils seront condamnés". Ceux-là n'iront ni au ciel, ni en enfer, mais dans les limbes. Ils seront heureux, mais d'un bonheur inférieur à celui des vrais élus. Les limbes : voilà la solution pour les Indiens.

Les lumières

Au XVIIIe siècle, la peur de l'enfer subit un manifeste recul. Comment interpréter autrement la chute généralisée des pratiques d'assurance pour l'au-delà : fondations de messes et de services divers, dons testamentaires à l'Église ? Pour de plus en plus de penseurs, il y a incompatibilité totale entre la bonté de Dieu et l'existence de souffrances éternelles. Un père s'efforce d'empêcher ses enfants de mal agir, même si cela va contre leur liberté, et chacun trouve cela normal et bon. Pourquoi Dieu, notre père, ne nous empêche-t-il pas de faire le mal ?

Mais c'est encore une fois le problème indien qui transparait dans de nombreux écrits et remet fortement le dogme de l'Enfer en question comme dans ce texte de Madame Roland : « Je ne pus digérer, entre autres [...], que tant d'êtres innocents, d'hommes vertueux, de peuples doux fussent livrés à des flammes cruelles parce qu'ils n'auraient pas entendu parler d'un pontife romain prêchant une morale sévère qu'il pratique rarement. Je trouvai ce principe absurde, atroce et impie [...]. Quel être inconvenable on a fait de la divinité [...]. Nous en faisons un être injuste, colère, partial, vindicatif : tout ce qu'est un méchant homme. Une sagesse infinie, unie à la suprême puissance, doit être nécessairement bonne. Elle ne punit pas avec cette atrocité de la vengeance, elle perfectionne ou elle anéantit. ».

Dans l'élite intellectuelle, le purgatoire a tué l'enfer au XVIIIe siècle. Le tour du purgatoire viendra, mais beaucoup plus tard. Entendons-nous : c'est l'enfer des intellectuels qui vient de mourir. L'enfer populaire, lui, survit, entretenu par l'Église et les sermons. Sa crédibilité est certes entamée, mais il serait faux de croire qu'on n'en fasse plus cas.

19ème et 20ème siècles

En ce début de XIXe siècle, l'enfer se désagrège et se dénature, nié par les uns, amputé de son éternité par les autres, réduit à l'état d'épouvantail pour assurer l'ordre public par les gouvernants et les classes dominantes. Plus que jamais, il faut parler des enfers au pluriel. Chaque philosophie, chaque sensibilité à le sien, qui n'a plus grand-chose à voir avec l'enfer officiel des Églises.

Lorsque, vers 1880, Auguste Rodin sculpte La Porte de l'enfer, c'est la porte du XXe siècle qu'il ouvre. Un XXe siècle figuré par ce penseur qui, au fronton, médite sur l'absurde échec de l'humanité; nouvel Adam, responsable de sa déchéance, damné par l'œuvre de ses mains. La chute de la croyance conduira à l’occultisme, au spiritisme, aux paradis artificiels et au matérialisme. D’autres enfers, comme ceux des tranchées de 14-18 ou du carnage mécanisé à l'échelle industrielle de 39-45 étant bien réels, il devient difficile d'en imaginer des pires pour après.

Une chape de silence s'abat alors sur l'enfer de l'au-delà. Le concile Vatican II y fait à peine une brève allusion, sans jamais l'appeler par son nom, en rappelant en cinq lignes les termes bibliques « feu » et « ténèbres ». C'est en vain que l'on cherche désormais les mots « enfer », « jugement », « damnés » et « damnation » dans les tables et index des revues catholiques populaires ou savantes. En décembre 1989, la revue Lumière et Vie publie un numéro spécial de cent douze pages sur le thème Résurrection et Réincarnation sans jamais évoquer la possibilité d'un enfer.

Silence des dictionnaires, enfin: en 1988, le Dictionnaire de théologie, publié sous la direction de Peter Eicher, ne comporte pas d'article «Enfer»! L'évolution atteint son terme: le mot lui-même disparaît du langage ecclésiastique. Spectaculaire disgrâce d'un terme devenu embarrassant, que l'Église, à l'instar des mots « Inquisition » ou «excommunication », chargés d'un lourd passé, voudrait bien pouvoir oublier. Et ceux qui s'y refusent font figures de traditionalistes, pour ne pas dire intégristes, comme Mgr Lefebvre, qui déclarait en 1977 : «Aujourd'hui, hélas, l'enfer paraît complètement oublié [...]. Peut-on oublier que Dieu a instauré des lois, et des châtiments ? ».

Conclusion

L'enfer n'est-il donc qu'un mirage destiné à n'être vu que par certains ? Un simple élément de stratégie dans le contrôle des foules ? La réponse n'est-elle pas à chercher dans l'apparente contradiction, qui est à la base même du monde quantique, c'est-à-dire à la racine de l'univers ? Déjà, il y a bien longtemps, Jacob Boehme écrivait : « Le Dieu saint et le Dieu du monde ténébreux ne sont pas deux dieux : il n'y a qu'un Dieu unique; il est à lui-même tout être, il est le bien et le mal, le ciel et l'enfer, la lumière et les ténèbres, l'éternité et le temps, le commencement et la fin. » Si Dieu est à la fois le bien et le mal, le monde n'est-il pas à la fois ciel et enfer? Au niveau du monde quantique règne cette logique du contradictoire que l'esprit humain reconnaît sans pouvoir la comprendre : le monde quantique est à la fois continu et discontinu, un et multiple, simple et complexe, constant et changeant, kaléidoscope offrant à l'observateur des aspects divers.

Le paradis et l'enfer ne seraient-ils que les deux facettes contradictoires d'une même réalité en l'homme? Deux virtualités de la personne, se réalisant tour à tour? Satan n'est-il pas un ange? L'homme n'est-il pas à la fois damné et élu, bon et mauvais ?

C’est à la lumière de ces réflexions que la phrase finale de ‘Huis Clos’, pièce de théâtre écrite en 1943 par Jean-Paul Sartre, prend tout son sens. Cette phrase prête à contresens. On la comprend souvent comme simple modulation de la phrase tout aussi célèbre de Hobbes : «  L'homme est un loup pour l'homme.  » Pourtant, ce n'est pas une guerre de tous contre tous que dépeint Sartre, c'est un drame intérieur à la conscience. L'enfer ne relève pas de la torture physique, mais du fait de ne jamais pouvoir s'extraire du jugement d'autrui. Le regard d'autrui m'expose, me rend faible et fragile, me rend objet pour lui. L’Enfer c’est les autres !

Vaudou

- Publication du 30/03/2022 -

On a souvent tendance à appeler « Vaudou » un concept de magie noire répandu dans les Caraïbes et en Amérique du Sud. Généralement associée aux Zombies, cette définition qui trouve son origine dans les films d’horreur d’Hollywood des années 50 est totalement erronée…

En Afrique

Historiquement ces cultes modernes trouvent leur origine dans l’importation d’esclaves noirs aux Amériques, plus précisément de certains esclaves noirs provenant de l’ancien royaume du Dahomey, en Afrique de l’Ouest (Aujourd’hui Sud du Bénin, entre Togo et Nigeria). Le royaume du Dahomey a fondé sa prospérité du 17ème à la première moitié du 19ème siècle sur le commerce des esclaves. Il a donc ‘exporté’ un grand nombre d’esclaves.

La religion de l’Afrique de l’Ouest était très majoritairement animiste à l’époque (Pour les animistes, une force vitale anime les êtres vivants, les objets mais aussi les éléments naturels, comme les pierres, un fleuve ou le vent). Les animistes distinguent très clairement le corps physique et cette force vitale, distincte, qui peut lors des rêves ou des transes quitter le corps pour atteindre d’autres plans/mondes/dimensions... En clair ils ne vénèrent pas 'la pluie' mais une force censée commander à la pluie par exemple.

L’univers surnaturel des habitants du Dahomey est constitué par les ‘Vodoun’ (chez leurs voisins du Nigeria, on dit ‘Orisha’). Leur nombre, certains les évaluent à 600, et leurs relations les rendent très complexes à saisir. La majorité des ‘Vodoun’ sont communs à tout le monde mais il en existe deux, Legba et Fa, qui sont personnels à chaque individu, naissent et disparaissent avec lui.

  • « Legba » est le compagnon caché de chaque individu. Semblable à un lutin, il est toujours prêt à quelque malice ou même aux pires méchancetés ; mais il se laisse facilement apitoyer par des prières et des sacrifices.
  • « Fa » c’est le destin de l’homme. C’est un guide, un conseiller et connaître le symbole de son Fa est la condition de la plénitude de son existence.

Après la chute de la royauté, les féticheurs deviendront naturellement les gardiens farouches de « l’ordre ancien » face aux missionnaires et face aux structures de la colonisation. La théologie missionnaire procède d’une démarche assurée et impavide : hors de l’Église règne le Mal et il n’est point de salut. Le monde manichéen décline l’évidence du mode binaire : civilisé/primitif, chrétien/païen.

Le premier point a retenir c’est donc que 'Vodoun', qui a donné Vaudou, n’est pas le nom d’une religion ou d’un culte mais le nom d’origine des « forces » censées interagir entre les hommes et la nature.

Hors d’Afrique

Deux dispositions clés du Code Noir édicté par le roi Louis XIV de France en 1685 ont sévèrement limité la capacité des esclaves africains à pratiquer les religions africaines. Ce code interdisait explicitement la pratique ouverte de toutes les religions africaines et obligeait tous les esclavagistes à convertir leurs esclaves au catholicisme dans les huit jours suivant leur arrivée sur leur nouvelles terres. (Les très catholiques Portugais et Espagnols s’empressèrent de faire de même).

Les Africains réduits en esclavage ont cependant pu cultiver leurs propres pratiques religieuses notamment de nuit lorsqu'ils pouvaient se dégager une certaine liberté spirituelle, à défaut d'une liberté physique. Ce temps était mis à profit pour reconnecter la communauté, reconnecter les morceaux fragmentés de leurs divers héritages et constituer une forme de résistance contre la domination blanche. Une cohésion communautaire entre des personnes appartenant à des groupes ethniques très différents était alors créée.

Dès 1797, Médéric Louis Élie Moreau de Saint-Méry, un observateur français à Saint-Domingue note le commencement d’un syncrétisme religieux par l’incorporation d’éléments du culte catholique aux cérémonies païennes comme des autels de style catholique ou des bougies votives utilisés par les Africains pour cacher les sources africaines des rituels. Mais le lien va beaucoup plus loin que les instruments utilisés pour le culte, les pratiquants ont en effet superposé des saints et des figures catholiques aux 'Vodoun' traditionnels.

C'est donc une erreur de confondre le Vaudou avec une religion. Il y a des religions générées par le vaudou, des cultes que l'on voue aux entités qui composent le monde du Vaudou. C’est aussi une erreur de croire en un Vaudou unifié de Rio à Port au Prince, des bayous de Louisiane à La Havane. Chaque groupe géographique a fait évoluer sa croyance originelle (animiste mais variable selon la région d’origine des esclaves dominant le groupe) en un syncrétisme avec la religion catholique qui dépendait elle aussi de pratiques variants selon le pays colonisateur.

Ainsi est né la Candomblé au Brésil en mélangeant Orishas du Nigeria et les rites catholiques portugais, la Santeria à Cuba en mélangeant les rites Yoruba et Bantu et les rites catholiques espagnols ou bien encore le Vaudou à Haïti en mélangeant les 'Vodoun' du Dahomey et les rites catholiques français. Des cultes semblables, bien sur, mais ni unifiés ni interchangeables...

El Dorado

- Publication du 28/03/2022 -

Il est un mythe très présent au Nord du Brésil (plus exactement entre le bassin de l'Orénoque et celui de l'Amazone, donc sur un territoire qui s'étend aussi sur une partie de la Guyane et du Vénézuela), celui de la cité d'El Dorado. Ce mythe a rapidement été relayé par les conquistadors espagnols. Il prend sa source dans le récit du voyage de Francisco de Orellana par Gaspar de Carvajal mais en conjonction avec la recherche des cités d'or qui était déjà très populaire chez les conquistadors. Il faut se souvenir qu'à l'époque, Christophe Colomb croyait avoir découvert une nouvelle route vers les « Indes » décrites par Marco Polo (c'est-à-dire l'Asie du sud-est). Les conquistadors ont donc recherché les « cités d'or » décrites par Marco Polo en Amérique Centrale et en Amérique du Sud alors qu'il s'agissait en fait des célèbres pagodes aux toits d'or situées en Birmanie. Ce mirage d'une contrée fabuleusement riche en or a alimenté sur près de quatre siècles une sanglante course au trésor.

L'origine première du mythe d'El Dorado en pleine Amazonie, c'est le voyage de Francisco de Orellana. Ce navigateur et explorateur espagnol entreprend en février 1541 de découvrir ce qui se trouve à l'Est du Pérou, en traversant la Cordillière des Andes. L'objectif est de trouver de la canelle, un épice qui valait alors en Europe plus cher au poids que l'or ! Il va découvrir un fleuve qui ne cesse de grossir et bientôt il se rend compte qu'il n'est plus possible de le remonter. Il entreprend donc de le descendre, ce qui le conduira jusqu'à son embouchure sur l'Atlantique après 4 800 km de parcours, en Août 1542. Un prêtre qui les accompagne, Gaspar de Carvajal, relata cette extraordinaire aventure. Dans Descubrimiento del río de Orellana, il décrit les villages indiens aperçus le long du fleuve, auxquels Orellana présente les Espagnols comme étant les « fils du soleil », ce qui leur vaut beaucoup de respect. Mais, plus ils avancent à l'intérieur du continent, plus les rives sont peuplées et hostiles. Certains villages en bordure du fleuve alignant des habitations sur plusieurs kilomètres. Ils doivent parfois faire face à des attaques de plus de deux cents canoës chargés de trente à quarante hommes. Un des épisodes les plus dramatiques est celui de l'attaque par une tribu guerrière d'amazones, épisode qui a donné son nom au fleuve. Carvajal décrit ainsi les amazones :

Ces femmes sont très blanches et grandes, elles ont les cheveux très longs enroulés en tresses sur la tête. Fortement bâties, elles sont nues avec des morceaux de cuir pour couvrir les parties honteuses, et vont leurs arcs et leurs flèches à la main, luttant à la guerre autant que dix hommes.

Comme le capitaine demandait à l'Indien qui l'accompagnait comment vivaient ces amazones et si elles avaient des enfants, celui-ci lui répondit :

Elles partent en guerre contre le pays voisin et font des prisonniers qu'elles ramènent de force et avec qui elles vivent aussi longtemps qu'elles en ont envie ; une fois qu'elles se trouvent enceintes, elles les renvoient chez eux sans leur faire de mal ; ensuite, quand vient le moment d'accoucher, si elles ont un garçon elles le tuent et l'envoient à son père, si c'est une fille, elles l'élèvent avec beaucoup d'attention et lui enseignent les choses de la guerre.

El Dorado, c'est donc le mélange des "cités d'Or" de Marco Polo, des amazones de l'antiquité grecque et des légendes indiennes qui parlent d'un roi, El Dorado (le doré) qui se couvre de paillettes d'or pour plonger dans un lac, ce qui implique un endroit dans la jungle où l'or serait abondant. De là va naitre la rumeur d'un vaste territoire habité dans la jungle dont la capitale, Manoa, ne pouvait que regorger de richesses. Et puis il y a bien sur la manière brutale des consquistadors qui a joué... Mieux vaut quand on est indien confirmer que cette cité existe bien très loin à l'Est en donnant de vagues renseignements plutôt que de dire l'inverse, ce qui était obligatoirement pris pour une volonté de cacher la position réelle de la cité et conduisait généralement à un massacre barbare.

on ne compte plus le nombre d'aventuriers qui ont tenté leur chance pour trouver la cité d'Or. L'immense majorité étaient des anonymes sans moyens. L'immense majorité a disparu dans la jungle, l'enfer vert. Mais quelques noms ont traversé le temps jusqu'à nous...

Le plus ancien des hommes connus pour avoir cherché El Dorado est Sir Walter Raleigh, le légendaire courtisan élisabéthain qui a fait deux voyages en Amérique du Sud pour rechercher la cité d'Or. Son premier voyage en 1595 se fait avec 5 bateaux. C'est un échec. Le second se fera 20 ans plus tard et il du promettre tant de choses pour le financer qu'il sera décapité peu apès son second retour sans succès.

Lope de Aguirre, surnommé 'el Loco' (le fou) participe à une très grosse expédition sur le fleuve Amazone à la recherche d'El Dorado. L'expédition se compose de 300 Espagnols, un demi-millier d'indiens et plusieurs dizaines d'esclaves noirs, tous embarqués sur deux brigantins, de larges barques et de petites embarcations. Au bout d'une année, l'expédition commence à vaciller : aucune découverte n'est faite et plusieurs embarcations sont perdues. Les conflits entre hommes se multiplient jusqu'à l'éclatement d'une mutinerie. Avec la participation d'Aguirre, les mutins renversent et assassinent le dirigeant de l'expédition. Lope de Aguirre, qui s'affirme comme le chef des mutins, décide la création d'un royaume indépendant et fait sacrer. A voir absolument sur ce personnage le film de Werner Herzog 'Aguirre, la colère de Dieu' avec Klaus Kinski dans le rôle principal.

En 1911 Percy Fawcettil écrit à la Société Géographique Royale :

J'avais eu vent d'histoires fabuleuses sur la jungle amazonienne. Elles n'étaient point exagérées. On retrouve dans ces contrées sauvages des animaux et insectes inconnus ici et qui intéresseraient bon nombre de naturalistes et même des Indiens blancs. Des rumeurs font état de pygmées, de mines perdues et de ruines anciennes. Rien n'a été exploré de ce pays au-delà de quelques centaines de berges ceinturant les cours d'eau.

Après avoir découvert en 1914 un manuscrit à la bibliothèque nationale de Rio de Janeiro, le fameux Manuscrito 512, il décide de mettre en place une expédition. Daté de 1753, le manuscrit raconte les pérégrinations d'un aventurier portugais prétendant avoir découvert une vieille cité antédiluvienne dans la région de la serra do Roncador à l'est du rio Xingu1. Il croit tant à la réussite de son entreprise qu'il a donné le nom de point « Z » sur ses cartes à la mystérieuse cité. Il disparaitra comme tant d'autres dans la jungle. Un film de 2017 raconte cette histoire : The Lost City of Z.

Ce qui est intéressant avec le mythe de l'El Dorado, c'est que plus les gens échouent, plus l'existance de la cité semble vrai pour d'autres, les échecs prouvant juste qu'elle est très bien cachée, et si elle est aussi bien cachée, c'est obligatoirement qu'elle est extraordinaire ! Des gens sont d'ailleurs témoins de l'existance d'El Dorado ! Bien sur ils n'ont pas pu rapporter de preuve matérielles mais pourquoi mentiraient-ils ? Chaque témoignage vient confirmer le précédent en ajoutant de nouveaux détails. On parle de trois montagnes, une d'or, une d'argent et une de sel. Le somptueux palais de l'empereur serait supporté par de magnifiques colonnes de porphyre et d'albâtre, symétriquement alignées, et entouré de galeries construites de bois d'ébène et de cèdre incrustés de pierreries. Tout ce qui est mystérieux attire les rêveurs et les mythomanes.

Autre point intéressant, le mythe de l'El Dorado a été très précicement défini et réfuté par Alexandre de Humbolt dès le début des années 1800. Ce naturaliste a voyagé 5 ans en Amérique Centrale (1799-1804) et il en tire un document très complet en 30 volumes. Cette démonstration scientifique ne suffira pourtant pas à convaincre les aventuriers, certains allant même jusqu'à imaginer que c'est un moyen conçu par la France pour être les seuls à continuer à chercher la citée ! on retrouve la logique de certains conspirationnistes modernes, à savoir que si un organisme publique tente de prouver qu'une chose est fausse, c'est obligatoirement pour cacher qu'elle est vraie et donc ça devient une preuve !

Avec la multiplication des avions, la fièvre d'El Dorado c'est quand même bien calmée au milieu du 20ème siècle. Il y a peu de chance qu'une large cité active puisse rester invisible des airs. L'idée de vastes zones peuplées en pleine forêt vierge entre l'Orénoque et l'Amazone paraissant de plus irréaliste pour les spécialistes, l'affaire semblait donc entendu. Toutefois, depuis les années 1990 des trouvailles archéologiques et diverses études ont confirmé bien des affirmations de Carvajal et notamment le fait que le bassin amazonien comportait d'importantes zones de culture et était densément peuplé ! On a en effet découvert de nombreuses traces de poteries et d'urnes funéraire, mais surtout, de très vastes zone de 'Terra preta', une terre noire modifiée par l'homme pour la rendre beaucoup plus fertile, qui recouvre le sol originel sur une épaisseur de plus d'un mètre ! On suppose aujourd'hui que c'est le choc microbien survenu avec le contact des Européens qui aurait provoqué la disparition de ces peuplades en très peu de temps après les premiers contacts avec les conquistadores.

Pour conclure, il faut savoir que le mythe n'est pas mort pour autant. Dans une autre vie, je me souviens dans les années 90 à Manaus avoir rencontré un Allemand qui avait monté une expédition sur le haut Maroni à la recherche de l’Eldorado. Il disait posséder une carte satellite que nul n’a vu si ce n’est lui-même, et sur laquelle une cité était nettement visible. Alors bien sur, son expédition avait échoué mais c'était à cause de ses piroguiers indiens qui avaient conspirés contre lui ! A l'époque il voulait remonter une autre expédition, mais accompagné cette fois-ci de femmes blondes aux yeux bleus qu’il souhaitait entraîner aux arts martiaux et au maniement de pirogue. Ivre en fin de soirée il avait confié qu'il pensait pouvoir les échanger à l’homme doré contre de l’or... Le pire, c’est que malgré son apparente folie, il avait déjà obtenu toutes les autorisations pour se rendre sur le Haut Maroni auprès du gouvernement du Surinam !

Personnellement ce qui m'a toujours fasciné dans ces histoires amazoniennes, ça n'est pas l'or, c'est l'idée récurente d'hommes blancs très puissants qui, selon les légendes indiennes, auraient été là il y a "très très longtemps", bien avant les conquistadors puisqu'eux même ont découvert assez surpris ces légendes et les ont vite tournés à leur avantage.

Le Déluge

- Publication du 20/01/2022 -

Un peu plus de la moitié des gens qu’on interroge croient à l’existence du déluge, sous une forme ou une autre, c’est à dire lié à une catastrophe naturelle et pas obligatoirement connecté avec une volonté divine. Environ un quart pensent que c’est une allégorie mythologique sans aucun lien avec un évènement réel et le dernier « petit » quart ne se prononce pas.

L'an six cent de la vie de Noé, le second mois, le dix-septième jour du mois, en ce jour-là toutes les sources
du grand abîme jaillirent, et les écluses des cieux s'ouvrirent. - Genèse 7:11

Ce qui frappe le plus dans le mythe du Déluge c’est l’homogénéité de tous les récits. Que ce soient les Sumériens, les Africains, les Européens ou les Chinois, tous semblent avoir en mémoire une catastrophe qui aurait dévasté la planète plusieurs millénaires avant notre ère (Plus de 600 mythes de déluge sont répertoriés).

Le Déluge Biblique est-il alors le témoignage d’une grande catastrophe rapportée par des rescapés ? Malheureusement si c’est le cas, l’obscurantisme des religions a masqué leur témoignages. Il conviendra donc de relier divers domaines dont la géologie pour nous faire une idée plus précise sur la question.

Le Déluge de Noé (Genèse 6:1-22)

Le texte biblique raconte que l'Éternel vit que la méchanceté des hommes était grande sur la terre, et que toutes les pensées de leur cœur se portaient chaque jour uniquement vers le mal. L'Éternel se repentit d'avoir fait l'homme sur la terre, et il fut affligé en son cœur. Et l'Éternel dit : « J'exterminerai de la face de la terre l'homme que j'ai créé, depuis l'homme jusqu'au bétail, aux reptiles, et aux oiseaux du ciel car je me repens de les avoir faits ».

Mais Noé trouva grâce aux yeux de l'Éternel. Alors Dieu dit à Noé: Fais-toi une arche de bois et moi, je vais faire venir le déluge d'eaux sur la terre, pour détruire toute chair ayant souffle de vie sous le ciel; tout ce qui est sur la terre périra. Mais j'établis mon alliance avec toi; tu entreras dans l'arche, toi et tes fils, ta femme et les femmes de tes fils avec toi. De tout ce qui vit, de toute chair, tu feras entrer dans l'arche deux de chaque espèce, pour les conserver en vie avec toi: il y aura un mâle et une femelle. Et toi, prends de tous les aliments que l'on mange, et fais-en une provision auprès de toi, afin qu'ils te servent de nourriture ainsi qu'à eux.

C'est ce que fit Noé: il exécuta tout ce que Dieu lui avait ordonné. Quand les eaux baissèrent, Noé et les siens furent déposés sur le Mont Ararat, à partir duquel ils repeuplèrent la Terre.

Trace de l’Arche sur le Mont Ararat

Premier point intéressant, voyons si il existe une trace concrète d’un navire échoué sur le Mont Ararat puisque ça crédibiliserait beaucoup le récit biblique.

Au premier siècle de notre ère, les historiens Flavius Josèphe et Nicolaus de Damas, rapportant les croyances locales, parlent déjà de cette montagne d’Arménie où «subsiste une portion du vaisseau». L'escalader pour vérifier ? Plus facile à dire qu'à faire, surtout avec les moyens de l'époque, car le sommet se trouve à 5137 mètres (4808 pour le Mont Blanc ! ).

Le premier à avoir réussi cette ascension (après deux tentatives avortées) sera Friedrich Parrot, Estonien d'origine allemande et figure tutélaire de l'alpinisme. C'était en octobre 1829. Il n'en a ramené aucune relique mais un record : le premier « 5 000 » de l'histoire.

De nombreuses expéditions ont par la suite été menées pour chercher l’Arche de Noé sur le Mont Ararat (qui se situe à l’extrême Est de l’actuelle Turquie, proche de la frontière avec l’Arménie). En 1955, les alpinistes français Navarra et De Riquier arrivent à dégager une partie d’une structure de bois enfouie sous la glace. Ils ramènent un morceau de poutre. Les analyses démontrent qu’il s’agit d’une pièce de chêne équarrie mais rien ne prouve qu’elle viendrait d’un navire. De plus si le bois est très anciens, au moins 5000 ans, il n’y a pas deux analyse concordante pour obtenir une datation exacte (il est évident que 5000 ans c’est trop récent pour l’Arche mais d’autres datation, à l’extreme opposée pourraient convenir).

Malheureusement, en 1959, un pilote militaire turc, Ilhan Durupinar, prit un cliché aérien des plus stupéfiants, à une vingtaine de kilomètres du mont Ararat, non loin du village d'Uzengili. Une formation dont l'apparence évoque une arche, de manière troublante. Cette photo, publiée dans Life Magazine l'année suivante, passionna d'emblée l'intégralité des gens interessé par le mythe de l'Arche. Pendant vingt ans, de 1977 à 1997, de nombreux chercheurs, souvent chrétiens fondamentalistes, arpentèrent le site, exhumant des rivets et des planches (fossilisés) prétendument utilisés dans la fabrication du navire dont on sait maintenant - de source scientifique sure - que la forme est naturelle et résulte d'un séisme de 1948.

Du coup, à l’aube de l’an 2000, avec un décalage de 50 ans, on s’intéresse à nouveau au bois ramené par les français… sauf qu’il n’y avait pas de GPS en 1955 et que personne n’a l’emplacement exact de la découverte. Alors aujourd’hui encore à Doğubayazit, on trouve des Arméniens, Turcs, Australiens, Américains, Anglais qui cherchent l’Arche mais personne ne le dit ouvertement car le gouvernement Turc interdit toute fouille (mais finance ses propres équipes de recherches afin d’être sur que si découverte il y a, elle soit turque). Les équipes de recherche, plus ou moins clandestines, sont constitués, d’archéologues amateurs et de chercheurs en théologie qui côtoient des aventuriers souvent mystiques. Tous se disent touristes.

Navigabilité de l'Arche

Le texte biblique donne des détails précis sur la taille et la forme de l’Arche. Il n’en a pas fallu plus pour que certains essaient de la reconstruire. Notons déjà qu’une étude paru en novembre 2013 dans le très sérieux ‘Journal of Physics Special Topics’ a conclu qu’en tenant compte des données du texte, le résultat sur ordinateur donnait un navire apte à flotter et dont ils ont évaluer la capacité de cargaison totale à plus de 50 000 tonnes !

Plus fort, en 2013 le charpentier néerlandais Johan Huibers qui a eu l'idée de construire un navire respectant les dimensions données dans la bible. Appuyé par la fondation ‘The Ark of Noah Foundation’, une ONG chrétienne, il est parvenu à recréer un navire apte à naviguer qui sert à présent de musée interactif flottant. C'est le plus grand navire en bois jamais construit.

Le déluge « originel » (Version mésopotamienne)

Au 19ème siècle, les entreprises archéologiques françaises puis anglaises en Mésopotamie permirent la redécouverte de récits originaux, qui devinrent accessibles une fois acquis le déchiffrement de l’écriture cunéiforme en 1857. On découvrit ainsi peu à peu qu’il n’existait pas un, mais au moins trois récits mésopotamiens du Déluge.

La version la plus ancienne, d’époque sumérienne, avait été mise par écrit dès le IIIe millénaire av JC. Son personnage principal y porte le nom de Zi-u-sud-ra (« Vie-de-longs-jours »). Il faut y ajouter une version d’époque babylonienne ancienne (début du IIe millénaire av JC) dans laquelle le héros s’appelle Atra-ḫasis (« Doué d’un vaste entendement »), et enfin une version assyro-babylonienne (Ier millénaire av JC) où le rescapé s’appelle Uta-napištim (« Allongé-de-vie »). Cette dernière version du Déluge n’est pas connue comme une œuvre indépendante, mais elle est insérée dans l’Épopée de Gilgameš, comme un épisode adjacent.

C’est la version de l’histoire du Déluge insérée dans l’Épopée de Gilgameš qui fut redécouverte la première, et qui reste la plus souvent citée. Mais la version paléo-babylonienne, plus ancienne, centrée autour de Atra-ḫasis est plus explicite, et nous fournit en particulier les causes du Déluge, que ne mentionne pas la version d’Uta-napištim.

Selon la vision suméro-akkadienne, les hommes ont été créés par les dieux pour travailler à leur fournir ce dont ces derniers avaient besoin, particulièrement en termes de nourriture et de boisson ; mais, si les humains exécutaient leur tâche à la perfection, ils devinrent assez vite gênants pour les dieux, dont le bonheur premier était de festoyer puis de pratiquer une oisiveté réparatrice. Les dieux ne pouvaient donc plus trouver de repos au milieu du vacarme que provoquait l’activité des hommes, d’autant plus que ces derniers ne cessaient de se multiplier et que leur nombre croissait sans cesse. Pour résoudre ce problème, Enlil, le dieu chargé d’exercer le pouvoir politique, décida d’éliminer les humains et leur envoya une série de catastrophes : une épidémie, puis la famine.

Mais son frère, le dieu Enki, qui exerçait, lui, le pouvoir né du savoir et de la sagesse, avertit à chaque fois les humains par l’intermédiaire de celui auquel il avait accordé sa faveur, nommé Atra-ḫasis. Poussé à bout, Enlil décida finalement de provoquer un déluge universel. Enki s’adressa alors à son protégé. Il l’avertit du cataclysme imminent, lui conseilla de quitter sa maison et de construire un bateau dans lequel il se réfugierait avec ses richesses. La forme et les dimensions de l’embarcation lui furent indiquées par le dieu. Enki indiqua aussi à Atra-ḫasis qu’il devait y faire entrer tous ses biens mobiliers, sa famille, les artisans spécialisés qui travaillaient à son service, son cheptel, ainsi que des herbivores sauvages. Atra-ḫasis ayant suivi ces instructions, un orage monstrueux éclata effectivement ; coupant les amarres du bateau qu’il avait construit, il se retrouva sur l’eau et sauva sa vie pendant que tous les autres humains étaient engloutis.

Mis en parallèle, les récits biblique et mésopotamien du Déluge insistent sur son rôle de césure dans l’histoire de l’espèce humaine. Il y a l’homme d’avant le déluge, en contact régulier avec des créatures non humaines disposant d’un grand savoir. Cet homme d’avant dispose d’une très grande longévité. Après le déluge, la longévité des hommes dans les textes devient celle de nos contemporains et il n’y a plus de « créatures », seulement des hommes et des « forces » bonnes ou mauvaises mais non matérialisées.

Le Déluge est donc la césure entre temps des créatures fabuleuses et temps de l’homme, césure dans le rapport entre êtres divins et l’humanité : chacun garantit en quelque sorte l’existence de l’autre, mais sur des plans désormais radicalement séparés. Les hommes disposent maintenant de leur autonomie et de caractéristiques qui renforcent l’unicité de la race humaine. Il ne leur reste plus qu’à vivre et écrire une histoire dont ils soient pleinement responsables. Et c’est par la prise en compte de ce mythe en tant que tel que les historiens modernes peuvent en appréhender le sens.

La science géologique et le Déluge

Voyons à présent si le Déluge est compatible avec la science. Les géologues ont notés à la fin du 20ème siècle des traces de sédimentation qui indique que la mer noire était autrefois un lac d’eau douce au niveau plus bas que son niveau actuel. Un mouvement de terrain au niveau du Bosphore aurait provoqué une rupture et l’engouffrement brutal des eaux de la méditerranée, conduisant sans doute à une catastrophe pour les gens qui habitaient sur les bords du lac. Il n’en fallait pas plus pour que certains y voit là une preuve scientifique que le mythe du déluge avait une base réelle.

Si le fait du brutal élargissement de la mer Noire est aujourd’hui scientifiquement établi, il n’explique pas pour autant l’universalité de l’histoire du déluge. Il y a peu de chance qu’une catastrophe locale ait pu trouver échos à l’autre bout de la terre, au point d’en trouver des traces dans les mythes de l’Inde ou de la Chine.

En 1992 Alexander Tollman, de l’Université de Vienne, va par contre exprimer un avis beaucoup plus prometteur. Ce spécialiste de la géologie alpine s’est intéressé à l’analyse des mythologies et notamment aux images utilisées pour décrire l’eau qui passe au-dessus des montages, des vagues gigantesques. Vu la proximité des images employées, Tollman a imaginé que la seule hypothèse capable, selon lui, d’expliquer un phénomène d’une telle ampleur, global, se produisant au même instant serait une comète atteingnant l’atmosphère, se fragmentant en morceaux qui en heurtant les océans auraient provoqué des tsunamis un peu partout. Selon ses calculs, des vagues kilométriques pénétreraient alors partout à l’intérieur des continents, expliquant ainsi par exemple la formation de lacs salés aux Etats-Unis.

Longtemps réduit à un délire de « pseudo archéologues », cette théorie à conduit Graham Hancock à sortir en 2014 une très bonne étude de la question avec son livre «Magiciens des Dieux ». Les nombreux arguments de ce chercheur très critiqué par les archéologues pour ses positions non conformistes concernant les sites mystérieux antiques ont éveillé l’intérêt de scientifiques du domaine de la Géologie et de l’Astronomie. Et depuis peu, des papiers scientifiques sont publiés qui rendent l’hypothèse d’un impact il y a 12800 ans avec une comète de plus en plus probable et accepté.

Ce dont on est sur, c'est qu'il y a 12.800 ans, une conjonction d'évènements a causé une série de catastrophes sur Terre. On sait que le climat s'est brusquement refroidi, les températures chutant de 7 °C dans l'hémisphère Nord et jusqu'à 10 °C au Groenland. Les forêts boréales ont laissé place à la toundra. D'immenses incendies de forêt ont embrasé de vastes régions du globe, causant un obscurcissement durable de l'atmosphère. De nombreux gros herbivores ont disparu, à l'instar du mammouth, du tigre à dents de sabre ou du Megatherium, un paresseux terrestre géant. Cette époque marque aussi le déclin de la population nord-américaine et la fin de la culture Clovis.

Christopher Moore, archéologue à l'université de Caroline du Sud, a entrepris de rassembler les « preuves » de ce scénario et à trouvé à la fois des teneurs inhabituelles de platine dans les sédiments des points de chutes supposés, une forte augmentation de la suie dans les sédiments, signe d'incendies de forêt régionaux à grande échelle qui auraient été provoqués par les impacts et une diminution des spores fongiques, habituellement associées aux excréments des grands herbivores, ce qui confirme le déclin soudain de la mégafaune à cette époque. L'impact cosmique aurait également déclenché la rupture des glaciers, déversant une énorme masse d'eau douce dans l'Atlantique Nord, affectant la circulation océanique et plongeant la Terre dans un climat froid.

Si ces nouvelles conclusions ne prouvent en rien la destruction d’une civilisation avancée, elles amènent par contre un argument de poids à ceux qui pensent que le mythe du Déluge est la souvenir lointain d’un évènement cataclysmique qui aurait tellement traumatisé les survivants que son souvenir s’est transmis de génération en génération...

Quelques autres déluges

Comme je l'ai déjà indiqué, le mythe du Déluge est universel. j'ai relevé en guise de conclusions quelques exemples. Chaque déluge est donné ici avec la date de sa trace écrite la plus ancienne (le mythe peut donc être plus ancien)!

  • Déluge Iranien de l’Avesta (1000 av JC) : Texte fondateur du Mazdaisme iranien. Là encore c’est une divinité qui décide de supprimer l’humanité et une autre divinité qui contrarie ses plan, cette fois en indiquant à un humain ce qui va arriver et en lui demandant de mettre en place dans des cavernes de quoi faire survivre humains et animaux. Le texte insiste sur le froid terrible et l’obscurité à vebnir, deux éléments qui coïncident parfaitement avec l’arrivée de la dernière glaciation il y a 12800 ans pour le froid, et avec l’épais nuage de poussières qui voilerait durablement le soleil en cas de collision avec une comète.
  • Déluge de Deucalion (800 av JC) : Zeus décide d’anéantir les hommes car ils veulent s’affranchir des Dieux. Prométhée prévient son fils, Deucalion, qui fait un arche de bois avec sa femme qui échoue sur le Mont Parnasse en Grèce. De là va se former la Grèce antique à partir de l’age d’or de Mycènes dont les ruines cyclopéennes sont toujours visibles.
  • Déluge de Manu (400 av JC) : Manu selon la mythologie hindoue, était le précurseur de l'humanité. Prévenu de l'imminence d'un déluge qui allait recouvrir la terre, Manu fit construire un gigantesque bateau pour s'y réfugier. Manu embarqua des animaux, des graines de toute sorte et les sept Grands Anciens à bord de son navire. Peu avant l'achèvement de son oeuvre, la pluie se mit à tomber si fort que toute la terre fut rapidement inondée. Les eaux devinrent rapidement agitées, menaçant de faire chavirer le navire. Mais Manu fit amarrer le bateau au sommet d'une montagne qui n'avait pas été submergée, en attendant la décrue.
  • Déluge Chinois du Shiji (200 av JC) : Plusieurs textes mythiques, contenus dans des compilations telles que le Shiji de Sima Qian et le Shanhai Jing, parlent d'une crue des « Hautes Eaux » qui montent jusqu'au ciel. Il n'est pas question de l'anéantissement des humains, ceux-ci étant seulement « dans le malheur ». On y fait référence à un cataclysme terrestre, les 4 colonnes du monde s’effondrent, la voûte céleste se brise et une pluie infernale noie le monde mais il n’y a pas de Dieux impliqués dans l’histoire.
  • Maya (1555) Popol-Vuh : Le Déluge maya anéantit en punition de leur impiété la deuxième des trois races d'hommes successives, les hommes de bois, entre le premier homme de glaise, détruit pour sa stupidité, et les hommes de maïs dont descend l'humanité actuelle. Il prend la forme d'une pluie de feu suivie d'un obscurcissement du ciel et d'une « pluie ténébreuse » dont la nature n'est pas précisée. Notons que si le texte écrit est récent il résulte de la volonté de compiler les croyances originelles des Maya au moment où la chute de leur empire ne fait plus aucun doute car les Conquistadores espagnols sont assurement plus forts.
  • Mythologie Scandinave : Dans le mythe de la création, Odin, exaspéré par la brutalité d'Ymir, le tua et le jeta dans le Ginnungagap (« le gouffre béant »). Il se produit ensuite un déluge qui tue tous les géants, à part le petit-fils de Ymir (Bergelmir, fils de Thrudgelmir) et sa femme. Ces derniers repeuplèrent le monde avec des humains.
  • Mythologie Amérindienne : Lone Man, qui créa les terres avec le Premier Créateur ainsi que les premiers hommes, dut vaincre le démon Maninga, mais il revint quatre ans plus tard sous la forme d'une grande inondation qui dévasta les villages mandans. Lone Man construisit des palissades que les Mandans appelèrent le Grand Canoë et sauva son peuple. Il réussit à vaincre Maninga une nouvelle fois : en utilisant la magie de son tambour, Maninga fut emporté par les eaux qui se retiraient.